Les Carnets de Laitue Diante – L’agronomie systémique

L’agronomie systémique, on en parle souvent ici. Il est temps pour Laitue Diante de faire le point sur la question !

1 – Posons le sujet ! C’est quoi l’agronomie ?

2 – Mettons les choses à plat ! Histoire de l’agronomie : de l’agronomie à l’agronomie systémique

3 – Le vif du sujet ! L’agronomie systémique en pratique

4 – Des questions ?

5 – Bibliographie

6 – Pour citer ce document

 

 

L’agronomie, c’est quoi ?

L'agronomie systémique Objet1

Bien essayé, mais non !

Ayant pour objet d’étude “la parcelle agronomique” (le champ cultivé), l’agronomie est intrinsèquement pluridisciplinaire, une seule discipline ne pouvant rendre compte seule de cet objet :

  • pour rendre compte des phénomènes naturels qui ont lieu au champ, elle utilise les sciences naturelles (la chimie donc, la physiologie végétale, l’écologie, la pédologie, la bioclimatologie, etc)
  • pour rendre compte des pratiques culturales utilisées au champ, elle utilise les sciences économiques, sociales et techniques (comme l’économie, la sociologie, l’ethnologie etc)

On parle d’ailleurs plus facilement de sciences agronomiques pour désigner cet ensemble.

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Cette image n’est pas complètement fausse. Voyons ça et…

 

 

Histoire de l’agronomie : de l’agronomie à l’agronomie systémique

 

Il est vrai que la chimie agricole influence fortement le début de la recherche en agronomie : c’est au XIXème siècle que l’agronomie émerge comme science, dans un contexte où la science est dans une approche “réductionniste” (elle réduit au plus simple ses sujets d’études pour les aborder plus facilement), et l’étude de la physiologie végétale amène à des découvertes qui vont marquer les pratiques. Justus von Liebig, un chimiste allemand, établit en effet en 1840 que les premiers éléments qui viennent à manquer pour la croissance des plantes (on parle d’éléments limitants) sont les “matières minérales” (on considère alors surtout l’azote, la potasse et les phosphates). La conclusion logique dans ce contexte, avec les connaissances disponibles : pour augmenter la production des végétaux, il faut leur apporter des engrais minéraux. Les premières recherches agronomiques avaient donc vocation à identifier les meilleurs engrais et à les normaliser (à établir des “normes”), capables de répondre aux besoins des plantes. Ce sont notamment ces débuts qui laissent à l’agronomie cette image de “chimie agricole”. À cette époque, le sol n’est encore considéré que comme un “contenant” et n’est l’objet que d’analyses chimiques.L'agronomie systémique Objet4

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Pourtant, ce serait très réducteur d’en rester là : l’agronomie évolue. Il faudra attendre près de 100 ans après Liebig pour voir arriver une évolution majeure : Albert Demolon, agronome, “importe” notamment la pédologie (l’étude du sol) dans l’agronomie, et permet au sol d’être étudié également sous son aspect physique, et plus seulement chimique. Son intérêt se porte aussi sur l’aspect biologique du sol, dont il défend la vision d’un milieu vivant siège de multiples transformations mais cette partie de son travail ne convainc pas, à l’époque.

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Ce n’est qu’en 1960 avec les travaux de Stéphane Hénin que l’agronomie va commencer à se globaliser en se dotant d’un nouvel outil : le profil cultural. Il s’agit d’une méthode d’observation, à la portée de tou.te.s, permettant d’accéder à “l’historique du sol” et donc de choisir les pratiques agronomiques adéquates. L’agronomie considère dès lors la dimension temporelle (ce qui s’est fait avant, ce qui se fera ensuite) ce qui va poser la question de la durabilité des systèmes agricoles. Ne dissociant plus les différents éléments du champ cultivé rassemblés au sein de sa notion de profil cultural, Hénin propose une approche globale de l’agronomie, dont l’objet d’étude serait élargi aux peuplements végétaux, au sol, au climat et aux techniques culturales. En soi, c’est une rupture avec l’agronomie réductionniste, contrainte à évoluer vers la pluridisciplinarité. En plus de l’observation et de l’expérimentation, ses deux outils « historiques », l’agronomie se pratique désormais avec un outil supplémentaire, le suivi, qui implique de considérer les techniques culturales sur un temps plus long. Suite à cette redéfinition, l’objet d’étude de l’agronomie se doit aussi d’évoluer : on parle, dès 1972, de parcelle agronomique. Les pratiques agricoles faisant partie de l’objet d’étude, il devient nécessaire à l’agronomie d’intégrer les sciences sociales comme la sociologie ou l’ethnologie, qui disposent alors déjà d’une méthodologie d’observation propre aux phénomènes humains.

L'agronomie systémique Objet6

L'agronomie systémique Objet7

 

C’est le principe de la pluridisciplinarité : c’est vrai que, présenté comme ça, on peut avoir le sentiment que l’évolution de l’agronomie s’est faite “au hasard”, sur le modèle d’un patchwork, mais c’est une question de point de vue ! Elle peut aussi apparaître cohérente, si on considère que l’agronomie a intégré au cours de son histoire les nouveaux savoirs qui étaient produits dans d’autres sciences. Mais reprenons, parce que c’est pas fini !

 

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Imagine plutôt un oignon ! L’objet d’étude “parcelle agronomique”, c’est un peu pareil : elle est composée de plusieurs peaux, et chaque peau doit être étudiée si on veut en tirer une image la plus fidèle possible à la réalité ! Ainsi, la pédologie, la chimie, la biologie, rendent compte aujourd’hui de la « peau » constituée par le sol de la parcelle (les phénomènes physiques, chimiques et biologiques qui s’y produisent). L’économie, la sociologie, l’ethnologie rendent compte de la peau constituée par l’aspect humain de la parcelle (les prises de décisions par exemple). La physiologie végétale, la chimie et d’autres, rendent compte de la peau constituée par les végétaux de la parcelle, etc.

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L'agronomie systémique Objet10

 

C’est ça !

L'agronomie systémique Objet11

Bon, reprenons !

Suite aux bouleversements de l’agronomie dans les années 60, on assiste à une nouvelle évolution : deux “courants” agronomiques vont se distinguer. Le premier est héritier des travaux de Hénin : c’est le courant “écophysiologiste”, interdisciplinaire et réductionniste, s’intéressant avant tout au fonctionnement des plantes cultivées et de leur milieu. Le second est plus récent, et a parfois été appelé “technologie agricole”. Attention : le mot “technologie” n’est pas à prendre au sens de “high tech”, mais à son sens premier (“étude des outils et des techniques”). Il se veut plus global, et pose les techniques et pratiques employées comme cœur de l’objet d’étude : on s’intéresse à leurs conséquences sur les cultures et sur le milieu, mais aussi aux raisons et aux conditions de leurs choix.

Pour être correctement observées, les techniques et pratiques doivent être contextualisées : on doit pouvoir connaître le contexte écologique, social et économique de la parcelle. Se développent alors les méthodes d’analyse en situation, comme les enquêtes en exploitation, intégrant la finalité (le(s) but(s) d’un système), une notion strictement systémique. En 1979, ce courant se voit confirmé par la création d’un nouveau département à l’INRA, le SAD (Système Agraire et Développement). La grande différence à retenir de cette approche, c’est bien qu’elle soit « systémique » : la parcelle agronomique n’est plus considérée comme un « oignon » qui aurait des peaux « parallèles », mais comme un système complexe dont les éléments sont en interaction, notamment régi et impacté par les techniques agricoles. En fait, les disciplines scientifiques y sont articulées différemment : puisque l’objet d’étude principal est une interaction, les disciplines sont mobilisées de façon à décrire les interactions, plus que les éléments eux-mêmes (l’objectif de la technologie agricole n’est pas de « lister » les différentes techniques agricoles, par exemple). Aujourd’hui, en place de “technologie agricole”, on parle plutôt d’agronomie systémique, ou d’agronomie système.

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Oui, prenons celui du labour : pour simplifier à l’extrême, le courant écophysiologiste va peu considérer la pratique, le labour n’intervenant pas durant la croissance des végétaux. Rapporté à l’influence du climat, du sol, de la biocénose, qui eux sont « actifs » durant la croissance des plantes, le labour n’est pas un angle d’étude intéressant. Le courant « systémique » va chercher à connaître l’origine de la pratique (pourquoi l’agriculteur a-t-il fait le choix du labour ? Est-ce un choix contraint économiquement ?) et va chercher à identifier les conséquences de cette interaction, sur les autres éléments du système, qu’elles soient positives ou négatives. Ainsi, s’il pourra dire que le labour a l’avantage de modifier la physique du sol, en faisant remonter les complexes argilo-humiques, il pourra également noter les dégâts occasionnés sur la biodiversité.

L'agronomie systémique Objet12

 

Tant mieux, entrons donc dans…

 

 

L’agronomie systémique en pratique

 

L'agronomie systémique Objet14

 

Je sais bien ! Alors, l’agronomie systémique constitue notamment, avec l’ingénierie agroécologique, un champ thématique de recherche développé par l’INRA. Son objectif est d’évaluer les écosystèmes cultivés en les analysant d’un double point de vue :

  • celui du fonctionnement de l’écosystème cultivé
  • celui des pratiques agricoles

L'agronomie systémique Objet15

 

 

Aujourd’hui, en France, il existe plusieurs institutions travaillant avec cette approche. On peut citer à nouveau le département SAD de l’INRA, mais également le département EA (Environnement et Agronomie). On compte aussi l’Unité Mixte de Recherche AGIR (pour AGroécologie – Innovations – TeRritoires), qui a pour thématique l’articulation entre les systèmes socio-techniques, les systèmes socio-écologiques et les systèmes agroécologiques. Bien sûr, ce n’est pas exhaustif.

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On l’a vu, l’apparition de l’agronomie systémique a nécessité celle des méthodes d’analyse en situation. Et si les situations, différentes, peuvent faire appel à des sciences différentes, la méthode reste globalement la même. En 2017, une collaboration inter-filière permet la parution du guide de l’expérimentateur système qui présente la démarche de l’expérimentation système.

 

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Oui, voilà le lien, au cas où ! Sans me répéter, ce guide est un outil fondamental pour la pratique systémique : il permet de cadrer l’expérimentation et donc de connaître nos besoins. Par exemple, si on souhaite évaluer l’impact d’une technique culturale sur un sol, mieux vaut avoir quelques notions de pédologie : c’est ce genre de choses qu’on risque d’oublier et qui sont recensées dans l’ouvrage. Ensuite, le guide permet le suivi de l’expérimentation, en proposant une méthodologie rigoureuse, ce qui permettra ensuite de pouvoir proposer des résultats fiables. Ces résultats pourront alors servir à confirmer ou à infirmer les bénéfices d’une technique !

 

L'agronomie systémique Objet18

 

De multiples acteurs différents peuvent être requis pour une expérimentation système. Évidemment, des agriculteur.trice.s, mais aussi des chercheur.e.s et d’autres types de personne (mais on vous laisse découvrir les détails dans le guide !). Avec notre projet, nous espérons nous-mêmes pouvoir faire partie d’une expérimentation système !

 

L'agronomie systémique Objet19

 

D’un point de vue agricole, l’agronomie systémique vise notamment à produire une compréhension, un suivi et des améliorations des écosystèmes cultivés qui sont étudiés. Et d’un point de vue scientifique, elle produit de “l’agroécologie” : l’objectif du champ thématique “Agronomie systémique et ingénierie agroécologique” est de faire émerger l’agroécologie en tant que discipline scientifique à part entière. En expérimentant, on produit des données précieuses à la compréhension des agroécosystèmes !

 

 

Si vous avez des questions, des remarques, des critiques, ou si vous bloquez quelque part n’hésitez pas ! Nous les ajouterons ici !

 

 

 

LDBibliographie

 

 

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BEN BELAÏD S., Les Carnets de Laitue Diante –  L’agronomie systémique [en ligne], Chez le Père Magraine, 23/02/2019 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/laitue-diante-lagronomie-systemique/

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