Le Manuel pratique du Père Magraine N°4 – Évaluer le type de fonctionnement de son sol

Cette fois, le Père Magraine s’attelle à évaluer le type de fonctionnement de son sol : est-il vertical et vertueux ou au contraire horizontal et néfaste ? Découvrons-le ensemble !

1 – Avant-propos

2 – Matériel nécessaire

3 – Protocole

4 – Évaluer le type de fonctionnement de son sol : la structure du sol et des mottes

5 – Évaluer le type de fonctionnement de son sol : la capacité de drainage du sol

6 – Traiter les résultats : quel type de fonctionnement ?

7 – Dresser la carte des types de fonctionnement

8 – Envie de contribuer ?

9 – Bibliographie

10 – Pour citer ce document

 

 

MPAvantPropos

Le type de fonctionnement du sol, c’est quoi ? On en parle peu, mais il s’agit d’une de ses caractéristiques les plus importantes (si ce n’est la plus importante). Concrètement, il existe 2 types de fonctionnement pour un sol : le fonctionnement vertical et le fonctionnement horizontal. Pour que vous puissiez visualiser, imaginez la pluie qui tombe sur votre sol : si son fonctionnement est vertical, la pluie continuera son mouvement vertical à travers le sol (elle va s’infiltrer), alors que si le fonctionnement de votre sol est horizontal, le mouvement de la pluie deviendra horizontal (elle va s’écouler). Ainsi, le type de fonctionnement est primordial : il agit comme un “levier d’aiguillage” qui place le sol dans un cercle vertueux ou vicieux : le fonctionnement vertical, c’est le fonctionnement optimal pour un sol. Pour le dire autrement, c’est LA condition sine qua non pour que votre sol s’améliore.

Ce n’est évidemment pas la seule, mais de nombreux efforts pour améliorer votre sol peuvent être réduits à néant si cette condition n’est pas remplie. Le fonctionnement horizontal, au contraire, est à la base de nombreux problèmes de dimension planétaire : il provoque érosion et salinisation des sols, de façon parfois irrémédiable s’il n’est pas diagnostiqué. Mais pas d’inquiétude ! Comme d’habitude, on vous explique tout !

Avant de commencer, assurez-vous que vous n’êtes pas dans l’un des cas suivants :

  • vous vous trouvez sous un climat polaire.
  • votre sol est fait de remblais (déchets du BTP ou autres, souvent le cas des jardins de ville).
  • votre sol est hydrophobe (si vous en prélevez un peu et le placez dans l’eau, il flotte à la surface comme de la poudre de cacao).

Si vous êtes dans un de ces cas, votre sol est soumis à des conditions très particulières, voire extrêmes. Si vous réalisiez les tests qui suivent, vous risqueriez d’obtenir des résultats déroutants, et non-significatifs. Ne vous inquiétez pas pour autant : le cas de votre sol est traité dans le Manuel pratique du Père Magraine N°5 !

 

 

MPMaterielNecessaire4 - Évaluer le type de fonctionnement de son sol

  • Votre carte établie lors du Manuel pratique N°1 + du papier calque + du papier + des crayons de couleurs différentes ou votre carte en format numérique éditable
  • Du matériel de prise de notes
  • Une pelle
  • Un couteau
  • Quatre piquets
  • Un mètre ou tout autre outil de mesure des distances

 

 

MPProtocole

Afin d’évaluer le type de fonctionnement de votre sol, vous allez devoir observer différentes caractéristiques, à travers un seul protocole ! Les résultats obtenus seront ensuite utilisés pour déterminer si votre sol a un type de fonctionnement vertical ou horizontal !

Première étape : préparer une carte vierge

MPMap4

Si vous avez réalisée votre carte topographique sur papier, calquez-la mais ne la colorisez pas. Si vous l’avez réalisée via un logiciel de création graphique, dupliquez-la et supprimez les couleurs du duplicata, de façon à ne conserver que les tracés.

Deuxième étape : repérer et noter les potentielles différences de types de fonctionnement de votre sol

Commencez par définir la ou les zones à étudier (selon que vous avez relevé une ou plusieurs textures lors du Manuel pratique du Père Magraine N°2). N’oubliez pas de donner un nom aux zones (A, B, etc) afin de ne pas mélanger les différents résultats obtenus.

Troisième étape : préparer le(s) site(s) d’observation

MP4 Objet1 Évaluer le type de fonctionnement de son solAu centre des zones, délimitez un carré de 40 cm de côté en enfonçant les 4 piquets dans le sol. Choisissez le côté du carré depuis lequel vous allez creuser : vous devez avoir le soleil dans votre dos (voir dessin ci-dessus). Ce côté est appelé “face d’accès” : c’est la seule face sur laquelle vous allez marcher afin de ne pas tasser la terre (ce qui fausserait les résultats). C’est sur cette face que vous vous tiendrez pour réaliser vos observations, ne l’oubliez pas !

MP4 Objet2 Évaluer le type de fonctionnement de son solAttendez que votre sol ait une humidité normale (il faut qu’il n’y ait pas eu de fortes pluies ni de sécheresse récemment), et creusez le carré sur 50 cm de profondeur. Lors de cette opération, pensez à séparer la terre déplacée : d’un côté, la terre arable des premiers centimètres, de l’autre, la terre du sous-sol. De cette façon, la vie du sol ne sera perturbée qu’à la marge et vous pourrez reboucher le trou en respectant la succession des couches. La face qui apparaît devant vous est la “face d’observation” : n’hésitez pas à la prendre en photo pour tenir un historique de votre sol !

Cette opération peut paraître violente pour le sol, mais elle n’est à effectuer qu’une seule fois, dans le but de le comprendre et de prendre soin de lui à l’avenir. La masse de terre déplacée est en outre équivalente à la contenance d’un gros pot.

 

 

C'est parti !

Évaluer le type de fonctionnement de son sol : la structure du sol et des mottes

La structure d’un sol, c’est la succession de ses horizons (couches), et c’est la première caractéristique qui va nous aider à cerner le type de fonctionnement de votre sol. La structure des mottes, elle, renvoie à la forme des agrégats de terre : nous les étudierons en même temps !

Observation N°1 – La croûte de battance

MP4 Objet3 Évaluer le type de fonctionement de son solObservez-vous une croûte solide à la surface de votre sol ?

  • Non / Oui, mais elle est extrêmement fine (- de 1mm) : votre sol est non-battant.
  • Oui, elle est plutôt épaisse (entre 2 et 5 mm) : votre sol est battant.
  • Oui, elle est très épaisse (entre 5 et 10 mm) : votre sol est très battant.
  • Euh… Moi j’observe plusieurs très petites couches successives sur les premiers centimètres : il s’agit d’une croûte sédimentaire, votre sol est extrêmement battant.

 

Observation N°2 – Les horizons (couches)

MP4 Objet4 Évaluer le type de fonctionnement de son solRemarquez-vous des couches de couleurs différentes (au moins 2 de plus de 5 cm de profondeur chacune, ne comptez pas la possible croûte de battance) ?

  • Oui, les différences entre les couches sont très nettes : votre sol a des couches hétérogènes.
  • Oui mais les limites entre les couches sont floues : votre sol a des couches homogènes.
  • Non, je ne vois qu’une seule couche : vous devrez peut-être creuser plus profondément, jusqu’à atteindre une seconde couche. Il est également possible que vous tombiez directement sur la roche mère : dans ce cas, ne tenez pas compte de ce résultat.

 

Observation N°3 – Les mottes

MP4 Objet5 Évaluer le type de fonctionnement de son solPrélevez un peu de terre dans la seconde couche. Quelle forme ont les mottes ?

  • Aucune, le prélèvement s’effrite dans mes mains : votre sol a une structure particulaire.
  • Des boules irrégulières aux bords arrondis (turricules) : votre sol a une structure agrégée et grumeleuse.
  • Des mottes irrégulières aux bords plus ou moins anguleux : votre sol a une structure agrégée et polyédrique (sub)angulaire.
  • Un bloc compact : votre sol a une structure massive.
  • Un bloc en lamelles superposées : votre sol a une structure lamellaire.

 

 

Évaluer le type de fonctionnement de son sol : la capacité de drainage du sol

MP4 Objet6 Évaluer le type de fonctionnement de son solÀ présent, nous allons nous pencher sur la capacité de drainage du sol : il s’agit de savoir s’il est constitué de manière à laisser l’eau s’infiltrer, ou à la faire s’écouler. C’est une indication de plus quant à son type de fonctionnement ! Et cela passe par plusieurs évaluations ! Toujours depuis la face d’accès, réalisez les observations et manipulations suivantes.

 

Observation N°4 : l’humidité

MPObjet3Prélevez une motte de terre à la main dans chacune des couches de votre sol. Comment se comportent les échantillons ?

  • Toutes les mottes s’effritent et sont sèches : l’humidité de votre sol est de modalité “sec”.
  • Toutes les mottes sont friables mais fraîches au toucher : l’humidité de votre sol est de modalité “frais”.
  • Toutes les mottes sont plastiques et vos mains sont humides : l’humidité de votre sol est de modalité “humide”.
  • Toutes les mottes sont plastiques et brillantes : l’humidité de votre sol est de modalité “très humide”.
  • De l’eau suinte de toutes les mottes : l’humidité de votre sol est de modalité “noyé”.
  • De manières différentes, la motte de la couche supérieure est bien plus humide que la motte de la couche inférieure : l’humidité de votre sol est mal drainée.
  • De manières différentes, la motte de la couche inférieure est bien plus humide que la motte de la couche supérieure : l’humidité de votre sol est bien drainée.

 

Observation N°5 : la compacité

Si (et seulement si !) votre sol est frais ou humide, réalisez ce test, sinon, attendez une période plus sèche (s’il est trop humide) ou plus humide (s’il est trop sec), ou passez à l’étude de l’activité biologique !

MP4 Objet7 Évaluer le type de fonctionnement de son solEssayez d’enfoncer un couteau jusqu’au manche dans le sol qui se trouve au-dessus de la face d’observation.

  • Le couteau rentre comme dans du beurre : votre sol est meuble.
  • Je dois faire un petit effort pour enfoncer le couteau jusqu’au manche : votre sol est peu compact.
  • Je dois faire un effort important pour enfoncer le couteau jusqu’au manche : votre sol est moyennement compact.
  • Je n’arrive pas à l’enfoncer jusqu’au manche, même en forçant : votre sol est compact.
  • Je n’arrive à l’enfoncer que de quelques millimètres : votre sol est très compact.

 

Observation N°6 : l’activité biologique – l’activité lombricienne

MP4 Objet8 Évaluer le type de fonctionnement de son solObservez-vous des galeries creusées dans votre sol ?

  • Oui, elles mesurent entre 5 et 13 mm de diamètre : votre sol a une bonne activité lombricienne, les vers de terre les plus gros sont présents.
  • Oui, elles mesurent entre 1 à 5 mm de diamètre : votre sol a une activité lombricienne moyenne, les vers de terre les plus gros sont absents.
  • Uniquement des galeries mesurant entre 0,5 et 1 mm de diamètre : ces galeries sont creusées par les racines ou par de petits vers (nématodes ou larves de diptères). Votre sol a une activité lombricienne insuffisante.
  • Je ne vois aucune galerie : avez-vous déjà vu la vie à l’œuvre à la surface de votre sol ou durant vos manipulations (insectes, vers, plantes) ?
    • Oui : les conditions d’observation ne vous permettent pas d’évaluer l’activité biologique (difficulté à creuser le trou, conditions météorologiques). Passez directement à l’observation hydromorphique.
    • Non : l’activité biologique de votre sol est inexistante.

 

Observation N°7 : l’activité biologique – la porosité

MP4 Objet9 Évaluer le type de fonctionnement de son solDélimitez un carré de 2 cm x 2cm dans la face d’observation. Combien de petites galeries (0,5 – 1 mm de diamètre) comptez-vous ? Attention, choisissez un carré représentatif du reste de la face d’observation.

  • Entre 0 et 3 : la porosité de votre sol est faible.
  • Entre 4 et 10 : la porosité de votre sol est moyenne.
  • Entre 11 et 20 : la porosité de votre sol est forte.
  • Entre 21 et 40 : la porosité de votre sol est très forte.
  • Plus de 40 : la porosité de votre sol est excellente.

 

Observation N°8 : l’hydromorphie

MP4 Objet10 Évaluer le type de fonctionnement de son solPortez votre attention sur les couleurs présentes dans les couches de votre sol. Observez-vous des couleurs particulières ?

  • Oui, toute une couche est de couleur grise ou gris-bleu-vert : votre sol est soumis à la présence d’une nappe d’eau permanente.
  • Oui, je vois de nombreuses taches grises / verdâtres qui couvrent + d’un tiers de la couche) : votre sol est très hydromorphe.
  • Oui, je vois des taches grises / verdâtres qui couvrent moins d’un tiers de la couche : votre sol est hydromorphe.
  • Oui, je vois quelques taches de rouille : votre sol est modérément hydromorphe.
  • Oui, je vois quelques taches de couleurs mélangées (rouille et gris / verdâtre) : votre sol est peu hydromorphe.
  • Non, je ne vois aucune de ces couleurs particulières : votre sol n’est pas du tout hydromorphe.

Voilà, toutes les observations nécessaires ont été réalisées, on peut maintenant déterminer la capacité de drainage de votre sol ! Reportez vos résultats dans le tableau ci-dessous : vous obtiendrez un certain nombre de points !

Indique un bon drainage

Indique un drainage moyen

Indique un mauvais drainage

Humidité

Frais / Sec /
Bien drainée : + 1 point

Humide : + 0 point

Très humide / Noyé / Mal drainé : - 1 point

Compacité

Meuble / Peu
compact : + 1 point

Moyennement compact : + 0 point

Compact / Très compact : - 1 point

Activité lombricienne

Bonne : + 1 point

Moyenne : + 0 point

Insuffisante / Inexistante : - 1 point

Porosité

Excellente / Très
forte / Forte : + 1 point

Moyenne : + 0 point

Faible : -1 point

Hydromorphie

Pas hydromorphe / Peu
hydromorphe : + 1 point

Modérément
hydromorphe : + 0 point

Hydromorphe / Présence d'une nappe d'eau permanente : - 1 point

En théorie, vos résultats devraient tous se trouver dans la même colonne et vous donner ainsi une conclusion sans équivoque. Mais il est tout à fait possible que votre sol présente des caractéristiques mixtes : cela indique que la capacité de drainage de votre sol est en évolution. En l’état actuel des choses, il est impossible de dire dans quel sens l’évolution se fait, mais ce n’est pas bien grave. Comptabilisez vos points et convertissez vos résultats de la façon qui suit :

  • De -5 à -1 : votre sol est mal drainé.
  • 0 : votre sol est moyennement bien drainé.
  • De 1 à 5 : votre sol est bien drainé.

 

 

Traiter les résultats : quel type de fonctionnement ?

Vous disposez normalement des informations nécessaires pour identifier le type de fonctionnement de votre sol ! Reportez vos réponses dans le tableau ci-dessous : vous obtiendrez un certain nombre de points !

Indique un fonctionnement vertical

Indique un fonctionnement horizontal

Croûte de battance

Non-battant : + 1 point

Battant / Très battant /
Extrêmement battant : - 1 point

Limite entre les couches

Couches homogènes : + 1 point

Couches hétérogènes : - 1 point

Structure des mottes

Particulaire (si pas de croûte de battance) /
Grumeleuse /
Polyédrique (sub)angulaire : + 1 point

Particulaire (si croûte de battance) /
Massive / Lamellaire : - 1 point

Drainage

Bon drainage /
Drainage moyen : + 2 points

Mauvais drainage : - 2 points

Comme tout à l’heure, en théorie votre sol devrait présenter toutes les caractéristiques d’un fonctionnement horizontal ou toutes les caractéristiques d’un fonctionnement vertical. Il se peut pourtant que votre sol présente des caractéristiques mixtes : cela indique que son fonctionnement est en train d’évoluer (d’horizontal à vertical ou de vertical à horizontal). Convertissez vos résultats de la façon qui suit :

  • De -5 à -1 : votre sol a un fonctionnement horizontal.
  • De 1 à 5 : votre sol a un fonctionnement vertical.

 

 

Dresser la carte des types de fonctionnement

Selon que vous ayez un seul ou plusieurs types de fonctionnement, cette dernière étape sera plus ou moins longue :

  • Votre sol ne présente qu’un type de fonctionnement : ne prenez pas la peine de coloriser votre carte. Indiquez seulement sur votre carte topographique que votre sol est de tel ou tel fonctionnement.
  • Votre sol présente plusieurs types de fonctionnement : créez une nouvelle carte vierge et coloriez-la en suivant la légende proposée ci-dessous.

MP4 Objet11 Évaluer le type de fonctionnement de son sol

Voilà, c’est terminé ! N’oubliez pas de reboucher le trou en respectant la succession des couches, ou profitez-en pour planter un arbre ! Comme nous vous l’expliquions au début de ce manuel, le type de fonctionnement du sol est primordial : lors du prochain Manuel pratique du Père Magraine, nous nous servirons d’ailleurs des données récoltées ici afin d’évaluer la salinité de votre sol ! Et si votre sol a un fonctionnement horizontal, ne vous en faites pas : on en parle très bientôt !

 

 

Envie de contribuer ?

Vous avez déjà expérimenté cette technique ? Vous connaissez une ou plusieurs astuces pour l’améliorer, faciliter sa mise en place ? Vous avez relevé une erreur ? N’hésitez pas à partager vos cartes et vos idées en commentaires, nous enrichirons ce manuel en conséquence, en vous citant ou en citant votre source !

 

 

Bibliographie

 

 

Pour citer ce document

Vous pouvez librement faire référence à ce contenu dans vos articles, nous vous demandons simplement de citer l’article et son auteur de la façon qui suit :

BEN BELAÏD S., Le Manuel pratique du Père Magraine N°4 – Évaluer le type de fonctionnement de son sol [en ligne], Chez le Père Magraine, 26/11/2017, 04/06/2018 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/manuel-pratique-n4-evaluer-le-type-de-fonctionnement-de-son-sol/

Il vous suffit de remplacer « XX/XX/XXXX » par la date à laquelle vous avez consulté cet article 🙂

Toute reproduction du contenu de cet article, même partielle, est strictement interdite sans l’accord de l’auteur.

Pour partager ce contenu :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *