Le Manuel Pratique du Père Magraine N°7 – Analyser la macrofaune rampante de son sol

Votre sol grouille-t-il de vie, ou au contraire, est-il plutôt biologiquement pauvre ? Le Père Magraine vous propose ici d’apprendre à analyser la macrofaune rampante de votre sol mais aussi à l’identifier : au final, vous serez capables de « tirer le portrait » du réseau trophique de votre sol !

1 – Avant-propos

2 – Matériel nécessaire

3 – Protocole

4 – Extraire la macrofaune rampante de son sol

5 – Observer et identifier la macrofaune extraite

6 – Dresser le portrait de la macrofaune du sol

7 – Que faire du « portrait » de la macrofaune du sol ?

8 – Envie de contribuer ?

9 – Bibliographie

10 – Pour citer ce document

 

 

MPAvantPropos

Nous avons commencé à évaluer ce qu’on appelle la fertilité biologique des sols, avec le Manuel Pratique N°6 qui se penchait sur la microfaune. Pour savoir sur quels services écosystémiques on peut compter (certaines espèces rendant tel ou tel service), mais aussi pour avoir une idée plus précise de l’état de notre sol ou encore pour prévoir le pullulement de certains ravageurs potentiels, il nous reste encore à nous intéresser à la macrofaune, constituée d’organismes plus gros ! Ce présent manuel va précisément nous permettre d’analyser la macrofaune rampante avec le « piège Barber » (qui tient son nom de son inventeur Herbert Spencer Barber, entomologiste américain). La macrofaune volante nécessitant un protocole d’extraction différent, elle sera traitée ultérieurement !

Petite note de l’auteur : on a cherché à rendre cette analyse la plus fiable et la plus simple possible, mais pour obtenir des données exploitables un minimum, nous devons vous proposer un protocole qui peut demander un certain investissement de temps. Aussi, on vous conseille de bien vous organiser pour limiter au maximum le temps passé sur cette analyse !

 

 

Analyser la macrofaune rampante de son sol Objet1

  • Votre carte établie lors du Manuel pratique N°1 + du papier calque + du papier + des crayons de couleurs différentes ou votre carte en format numérique éditable
  • Un transplantoir ou tout autre objet pour creuser la terre
  • Deux pots en plastique souple et en forme de cônes tronqués, d’une contenance d’1 litre environ, par piège. De notre côté, on a pas mal cherché (les gobelets en plastiques étant tout indiqués mais bientôt interdits à la vente) la solution la plus abordable qu’on ait trouvée, c’est celle-ci : des pots de miel vides en plastique format 1 kg (si vous n’en avez pas sous la main, on peut en trouver facilement à l’achat en lots et à bas coût sur Internet en spécifiant « pot de miel plastique vide 1 kg » par exemple).
  • Un cutter
  • Un tamis (maille comprise entre 0,2 cm et 0,5 cm – celui utilisé lors du Manuel Pratique N°6 est parfait) par piège
  • Une agrafeuse
  • Un couvercle imperméable et transparent par piège (des couvercles colorés risqueraient d’attirer certains insectes). Son diamètre doit être plus grand que celui des pots choisis !
  • 4 vis, tiges filetées, ou autres objets pouvant servir de piquet (bâtonnet de bois par exemple) par piège
  • (Optionnel mais augmente de beaucoup l’efficacité du piégeage) Une bande d’aluminium rigide de 50 m, trouvable en magasin de bricolage
  • De l’eau
  • Du sel
  • Du liquide vaisselle inodore (« sans parfum », généralement les liquides vaisselle « hypoallergéniques ») ou du mono-propylène glycol (d’origine végétale, utilisé dans la fabrication de liquides de vapotage)
  • De l’alcool à 70°
  • Une pince à épiler
  • Un bocal en verre par piège
  • La fiche de relevé qu’on vous a préparée ici (ou du matériel de prise de notes)
  • Le microscope numérique qu’on vous a appris à construire ou une loupe binoculaire (pour les plus petits spécimens)

 

 

MPProtocole

Première étape : identifier les zones à étudier

Pour la microfaune, c’était facile : on devait choisir un emplacement représentatif. Mais pour la macrofaune rampante, c’est un peu différent : alors qu’on peut s’attendre à une répartition homogène des populations de la microfaune, à notre échelle, les populations de la macrofaune sont réparties de façon plus hétérogène, c’est à dire qu’elles se répartissent dans des habitats différents. Les habitants d’une lisière de forêt ne sont pas les mêmes que ceux d’un champ cultivé, ni les mêmes que ceux à proximité d’une mare. Pour pallier à ce problème, il faut donc identifier les différentes zones à étudier !

C’est simple, il vous suffit de prendre en compte quelques critères pour séparer votre terrain en différentes zones :

  • le type de végétation qui y pousse (herbes, buissons, arbres etc)
  • la densité de la végétation qui y pousse (présence dense, clairsemée etc)
  • la hauteur de la végétation qui y pousse (basse, moyenne, haute, très haute etc)
  • la présence proche d’un réservoir à biodiversité (mare, arbre têtard, bande enherbée etc)

En reportant ces zones sur une carte de votre terrain, vous devriez vous retrouver avec quelque chose comme cela :

Analyser la macrofaune rampante de son sol Objet2

 

Seconde étape : s’organiser

Une fois les emplacements identifiés, prévoyez l’emplacement de deux pièges par zone, que vous nommerez (ex : A1, A2, B1, B2 etc). Positionnez-les sur votre carte à 3m l’un de l’autre, le plus possible au centre des zones.

Analyser la macrofaune rampante de son sol Objet3

À présent, il faut choisir le bon moment : une période chaude et humide est idéale pour maximiser nos chances d’obtenir de nombreux groupes différents, leur mobilité étant relative à ces conditions climatiques (typiquement entre mars et septembre selon les régions). Ajoutons que ces conditions sont importantes : pour faire un suivi correct au fil des années, il faudra tenir compte de ces conditions ! Dans la fiche de relevé, indiquez les températures et les jours de pluie (ce n’est pas une mesure de l’humidité, mais ça nous donnera une idée des conditions à prendre en compte).

Pour pouvoir obtenir ces données, vous devez les relever régulièrement sur votre terrain. À défaut, les sites météorologiques de votre pays / région proposent sûrement des données similaires. En France, il s’agit du site de Météo France : indiquez votre localité et sélectionnez les « relevés ». Il ne vous restera plus qu’à sélectionner la période en question pour trouver tout ce qu’il vous faut :

  • pour trouver la température la plus basse de la période, repérez simplement dans le tableau la mesure la plus basse.
  • pour repérer la température la plus haute de la période, repérez simplement dans le tableau la mesure la plus haute.
  • pour trouver la température moyenne de la période, reportez-vous au tableau qui se situe sous le graphique sur le site de Météo France : il propose les températures moyennes mensuelles (c’est donc plus facile si vous planifiez votre test au début d’un mois).
  • pour trouver les jours de pluie, reportez-vous au tableau qui se situe sous le graphique sur le site de Météo France.

Vous voilà prêt.e pour passer à la pratique !

 

 

C'est parti !

Extraire la macrofaune rampante de son sol

 

Pour ce faire, nous allons utiliser des pièges Barber. Leur fonctionnement est basé sur la mobilité des arthropodes et autres animaux : il consiste à intercepter les individus lors de leurs déplacements usuels.

Étape 1 – Montage des pièges Barber

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1 – Pour chaque piège prévu, coupez le fond d’un des deux récipients type « pot de miel », avec le cutter (en pensant à vous protéger !). Si vous avez besoin de 5 pièges, ne coupez le fond que de 5 des 10 récipients dont vous avez besoin.

Analyser la macrofaune rampante de son sol Objet5

2 – Fixez un tamis sur chaque récipient sans fond grâce à votre agrafeuse, comme indiqué : attention, le tamis doit être placé à l’intérieur du récipient. Vous venez de finir les récipients qui serviront de « filtres de récolte » !

Analyser la macrofaune rampante de son sol Objet6

3 – Il faut à présent préparer notre « liquide de récolte ». Pour chaque piège prévu, il faut compter :

  • 230 mL d’eau
  • 80-90 gr de sel
  • 20 mL de liquide vaisselle sans parfum ou de mono-propylène glycol

Dans un récipient adapté (un saladier fera l’affaire), mélangez d’abord l’eau avec le sel. L’eau doit être « saturée en sel », c’est à dire que vous devez continuer à ajouter du sel et mélanger jusqu’à ce que le sel ne parviennent plus à se dissoudre dans l’eau. Ajoutez ensuite le liquide vaisselle et mélangez.

Pour les besoins de l’expérience et de l’observation future, les organismes seront tués dans l’eau salée : ça peut paraître cruel, mais en plus d’être nécessaire pour avoir des données correctes (sans sel, les spécimens carnivores dévoreront leurs proies, faussant les résultats ou se décomposeront rapidement, le sel aidant à la conservation), les informations obtenues permettront de comprendre l’état de notre sol et d’adapter nos techniques culturales pour préserver les organismes qui sont toujours au sol et mieux, d’en attirer d’autres.

Ici, le liquide vaisselle ou le mono-propylène glycol servent à empêcher la fuite des spécimens mais aussi à accélérer leur noyade : cela empêche les spécimens de dégager des phéromones qui attireraient leurs prédateurs et fausseraient les données. Le mono-propylène glycol a aussi l’intérêt de permettre une conservation longue des spécimens (jusqu’à 1 mois), ce qui facilite grandement cette analyse.

Si vous réalisez cette expérience en présence d’enfants : le fait de prélever et de tuer des organismes doit être expliqué aux enfants, et présenté comme un acte qui n’est ni gratuit ni anodin. L’expérience peut être une occasion de discuter de sujets plus globaux comme la méthode scientifique, l’importance de la connaissance ou encore l’éthique. Ainsi il peut être important de chercher les mots pour leur expliquer que ce que l’on fait lors d’une expérience scientifique qui suit un but précis ne détermine pas notre éthique, et que tuer des organismes pour un relevé ne doit pas permettre d’adopter le même comportement dans la vie quotidienne.

Analyser la macrofaune rampante de son sol Objet7

4 – Versez 250 mL de notre liquide dans chacun des récipients avec fond. Ils devraient être remplis au tiers.

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5 – Emboîtez un récipient « filtre de récolte » dans chaque récipient avec fond. Notre base est prête : les récipients avec fond sont destinés à rester dans le sol, tandis que les récipients « filtres de récolte », nous servirons de « petits paniers de récolte » !

 

Étape 2 – Installation des pièges Barber

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1 – Creusez des trous aux endroits indiqués sur votre carte, suffisamment grands et profonds pour qu’ils puissent accueillir les pièges (les bords des pièges doivent être exactement au niveau du sol).

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2 – Déposez-y les pièges en vous assurant que les bords soient bien à niveau.

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3 – Tout de suite après, il est temps de construire un préau : celui-ci empêchera la pluie de faire déborder les pièges et préservera ainsi l’environnement du liquide que nous avons préparé. Enterrez simplement les piquets, et posez-y le couvercle en plastique ! Vous pouvez y déposer des petits cailloux si vous avez peur que le couvercle soit trop léger et s’envole. Voilà, basiquement, les pièges sont installés !

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4 – Si vous souhaitez augmenter grandement la surface de récolte des pièges, il faut envisager l’utilisation d’une bande d’aluminium rigide ! Il va s’agir de dresser une barrière physique qui se fond bien dans le paysage, reliant les deux pièges d’une zone : enterrez simplement votre bande à mi-hauteur, d’un piège à l’autre ! Il ne vous reste plus qu’à attendre…

 

 

Étape 3 – Récolte des spécimens

Notre liquide de récolte présente un avantage important : il permet de conserver les spécimens entre une semaine (si vous utilisez du liquide vaisselle) et un mois (si vous utilisez du mono-propylène glycol). Cela va déterminer la fréquence de récolte !

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1 – Lorsque le moment de récolté est venu, il est temps de récupérer nos « filtres de récolte ». Il faut procéder filtre par filtre : commencez par ôter le couvercle du piège, et égouttez le filtre (laissez le pot avec fond en place).

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2 – Videz son contenu dans un bocal en verre dans lequel vous aurez mis de l’alcool à 70° (qui sert ici à conserver les spécimens jusqu’à leur identification). Moins de temps les spécimens passent à l’air libre, mieux c’est !

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3 – Inscrivez le nom du piège sur le bocal (au marqueur ou en y collant une étiquette). Passez au filtre suivant, jusqu’à ce qu’ils soient tous récoltés !

Si vous avez utilisé du liquide vaisselle, vous n’aurez qu’une fenêtre d’une semaine. Cela veut dire que pour avoir un mois d’observation (comme avec le mono-propylène glycol), il faut remettre les filtres en place (inutile de remplacer le liquide) ! Dans ce cas, vous pouvez soit passer à l’observation et l’identification des spécimens déjà récoltés, soit attendre de tous les avoir récoltés (3 semaines plus tard) : étant conservés dans l’alcool, vos spécimens déjà récoltés ne craignent rien. Lors des prochaines récoltes, n’oubliez simplement pas de vider le contenu des filtres dans les bocaux correspondants.

 

 

Observer et identifier la macrofaune rampante extraite

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Utilisez une pince à épiler pour récupérer (délicatement) les spécimens. Commencez d’abord par compter les spécimens issus de chaque zone (additionnez les résultats des deux pièges par zone), et notez les résultats sur les fiches « Piège » de la fiche de relevé.

À présent, il va falloir être capable de reconnaître ce que vous avez sous les yeux, en observant un à un les spécimens (au microscope fait-maison (en mode « loupe binoculaire ») ou à la loupe binoculaire si besoin) !

Posez-vous simplement les questions suivantes, et vos réponses vont orienter l’identification !

Notez qu’il n’est pas forcément nécessaire de connaître précisément l’espèce des spécimens que vous utilisez : connaître leur groupe d’appartenance est déjà une information importante en soi !

 

Le spécimen que j’observe a-t-il des pattes ?

Non : peut-être s’agit-il de…

  • Larves de diptères : leur tête est réduite voire indécelable. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Larves de coléoptères vermiformes : elles sont caractérisées par la présence d’une tête rigide et d’un appareil buccal de type broyeur. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Lombrics : leur longueur est comprise entre 1 et 110 cm. Ils possèdent entre 100 et 150 segments. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Limaces & escargots : elles mesurent au minimum 1 cm et leur tête possède 4 tentacules. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.

 

S’il possède des pattes, combien ? (attention à ne pas confondre les antennes ou autres pédipalpes avec des pattes !)

6 pattes : peut-être s’agit-il de…

  • Carabes : leur taille varie de 8 mm à 5 cm. Ils sont caractérisés par des antennes de 11 segments et des élytres (ailes rigides) recouvrant leur abdomen. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Staphylins : leur taille varie de 1 mm à 4 cm. Ils sont caractérisés par des élytres (ailes ridiges) réduits. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Dermaptères : leur taille varie de 7 mm à 5 cm. Ils sont caractérisés par des cerques (ou « pinces) abdominales qui terminent leur corps. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Larves de coléoptères : elles sont caractérisées par la présence d’une tête rigide et d’un appareil buccal de type broyeur. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Fourmis : leur taille varie de 0,75 cm à 5,2 cm. Elles sont caractérisées par des antennes coudées. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Termites : leur taille varie de 0,5 à 1,5 cm. On les différencie des fourmis grâce à leurs antennes rectilignes. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Hémiptères : leur taille varie de 1 mm à plusieurs centimètres. Ils sont caractérisés par leur appareil buccal de type « suceur-piqueur ». Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Autres : il existe de nombreux autres groupes qu’on peut trouver parmi les animaux à 6 pattes. On les ajoutera ici au fur et à mesure de nos travaux ! En attendant, n’hésitez pas à nous soumettre les individus à 6 pattes que vous ne parvenez pas à identifier : ils font peut-être partie de groupes sur lesquels nous travaillons encore.

8 pattes : peut-être s’agit-il de…

  • Araignées : leur corps est séparé en 2 parties et elles possèdent 0, 3 ou 4 paires d’yeux, des pédipalpes et des chélicères. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Opilions : très semblables aux araignées, on les distingue par leur unique paire d’yeux (certains n’en ont pas) et par le fait que les deux parties de leur corps sont fusionnées. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.

Plus de 8 pattes : peut-être s’agit-il de…

  • Cloportes : ils possèdent 14 pattes et leur corps est composé de 19 segments plus ou moins soudés. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.
  • Myriapodes : ils possèdent de 18 à 750 pattes et leur corps est composé de nombreux segments. Consultez ce lien pour observer et comparer leur morphologie.

Une fois votre spécimen identifié, prenez quelques notes à son sujet dans la fiche de relevé : que mange-t-il ? Par qui est-il mangé ? (Vous trouverez ces informations dans les Dossiers de Micro & Macro correspondants). Notez également le nombre de spécimens similaires que vous avez extraits de votre échantillon.

À présent, il vous suffit de répéter l’opération pour les autres spécimens !

 

 

Dresser le portrait de la macrofaune rampante du sol

 

Si tout s’est bien passé, vous venez de récolter un nombre important d’informations et en l’état, on voit encore mal comment elles peuvent servir. Notre objectif à ce stade va être de les utiliser pour construire une vision globale – et lisible facilement – du réseau trophique du sol et de son évolution.

N’oubliez pas : cette « prise de portrait » sera pour l’instant incomplète, puisqu’elle exclut de fait les organismes volants. Nous la compléterons donc avec un futur Manuel Pratique !

 

1 – Une vision globale de la diversité

Nous allons la représenter sur le premier graphique de la fiche de relevé ! Indiquez le numéro du relevé, et placez simplement un point pour :

  • le nombre de groupes représentés dans les pièges de votre première zone d’une certaine couleur
  • le nombre de groupes représentés dans les pièges d’une seconde zone d’une autre couleur
  • etc

Remplissez ensuite la légende selon vos choix de couleurs !

Ce graphique va prendre tout son intérêt avec le temps ! Voici un exemple de ce qu’on pourrait observer au fil des années :

Analyser la macrofaune rampante de son sol Objet17

 

2 – Une vision globale de la quantité

Nous allons la représenter sur le second graphique de la fiche de relevé !

Vous avez dû remarquer que sur ce graphique, il n’y a pas de masses indiquées sur l’axe : c’est pour qu’il puisse s’adapter à vos échantillons ! Pour le remplir, on va multiplier votre plus grande valeur : ça nous laissera une marge de progression ! Par exemple, si vous avez obtenu 55 spécimens dans une zone, et 11 dans une autre zone, notez « 55 » à la première graduation épaisse en partant du bas. Vous multipliez cette valeur par 2 et indiquez le résultat (110) sur la graduation épaisse du milieu. Vous multipliez votre valeur initiale par 3 et notez le résultat (165) sur la graduation épaisse la plus haute ! Indiquez le résultat 165 sur la graduation la plus haute, puis 110 sur celle du dessous, et 55 pour la dernière.

Indiquez le numéro du relevé, et placez simplement un point pour :

  • le nombre de spécimens de la macrofaune rampante piégés dans la première zone d’une certaine couleur
  • le nombre de spécimens de la macrofaune rampante piégés de la seconde zone d’une autre couleur
  • etc

Remplissez ensuite la légende selon vos choix de couleurs.

 

3 – Une vision globale de l’évolution de la répartition des groupes

Attention : les pièges Barber ne permettent pas d’avoir une vision globale de la répartition des groupes, mais de l’évolution de cette répartition ! La nuance est très importante : ces pièges présentent un biais, puisqu’ils piègent beaucoup plus de groupes d’espèces très mobiles (comme les espèces prédatrices), et beaucoup moins de groupes d’espèces dites « résidentielles » (qui se déplacent peu, et restent par exemple dans des excréments, sur des arbres, sous des pierres etc). 

Nous allons la représenter sur le second graphique de la fiche de relevé ! Ce qu’on veut ici, c’est être capables de déceler des déséquilibres ou des évolutions. C’est pourquoi il faut réaliser un graphique par zone ! Indiquez la période, et colorez la barre en indiquant :

  • le pourcentage d’un groupe (individus similaires) trouvés dans les pièges de la zone A dans une certaine couleur
  • le pourcentage d’un autre groupe (individus similaires) trouvés dans les pièges de la zone A dans une autre couleur
  • etc

C’est simple à remplir : un segment vaut pour 1% ! Remplissez ensuite la légende selon vos choix de couleurs. Faites de même pour les autres zones. Vous devriez obtenir quelque chose comme cela :

Analyser la macrofaune rampante de son sol Objet18
Petite note : ces graphiques-là seront à refaire à chaque relevé. C’est la comparaison entre les graphiques d’une année et ceux de l’année suivante qui nous permettra d’avoir une vue d’ensemble de l’évolution de la répartition.

 

 

Que faire du « portrait » de la macrofaune rampante du sol ?

 

Tirer des conclusions ?

Rappelons que ce piégeage présente des biais : sous-représentation des espèces résidentielles, efficacité dépendante des conditions climatiques etc. On a donc un « angle mort » certain, ce qui n’empêche pas l’expérience de fournir des données intéressantes : on ne connaît peut-être pas TOUTE la macrofaune rampante, mais ce dont on est sûr.e.s, c’est qu’elle contient au moins ce que nous avons récolté ! Il faudra donc garder cela à l’esprit : dans certaines conditions, ces savoirs seront pertinents, mais pas dans d’autres. Concrètement, on peut se permettre de tirer des conclusions de la présence de certains groupes, mais pas de tirer des conclusions sur l’absence de certains groupes.

Une autre précaution s’impose : on peut avoir envie tout de suite d’attribuer nos résultats à nos pratiques, mais il ne faut pas oublier que notre écosystème reste soumis à des facteurs extérieurs globaux, comme la température. Certaines années, certains groupes seront globalement affectés positivement ou négativement par les températures, et ça peut être vrai à une échelle régionale, nationale, continentale etc, sans que vos pratiques culturales soient en cause. Par exemple, certaines années un hiver doux pourra augmenter fortement les populations d’insectes au printemps, tout comme un hiver rude pourra les faire fortement chuter : considérer que l’augmentation ou que la chute incombe à vos pratiques serait donc une erreur.

Autrement dit, il faut rester prudent sur les résultats obtenus : ils sont à la fois issus de vos pratiques et de conditions extérieures !

 

Voir et comprendre les évolutions

C’est l’intérêt principal de cette expérience : nous forger une paire de lunettes adaptée à la macrofaune rampante et à son évolution. Mais encore faut-il être armé.e pour comprendre ce qu’on observe ! Les observations pouvant être faites étant nombreuses, on va, plutôt que chercher à les traiter toutes, vous proposer un peu de méthode :

  • S’assurer de la validité de ce qu’on observe : avez-vous répété précisément le même protocole de relevé ? Parfois, les différences qu’on observe sur les graphiques peuvent pointer une différence dans notre méthode, et pas dans les résultats !
  • Chercher des explications globales : l’évolution que vous constatez se répète-t-elle à grande échelle ?
  • Proposer des explications locales : c’est ce que voudrait faire tout de suite ! Mais c’est plutôt compliqué : pour pouvoir proposer des explications locales (comme l’utilisation ou pas d’une technique), il faut faire une expérience comparative (pour exclure les autres influences externes). On en parle juste en-dessous !

 

Réagir aux évolutions ?

Oui, on peut, mais pour cela, il faut avoir trouvé la bonne explication : imaginons qu’une année, vous observiez dans une zone une baisse de la population des carabes. Vous vous dites que c’est parce que les limaces se font rares, sans vraiment en être certain.e. Vous voulez en profiter et décidez de semer de nombreuses plantes appétentes pour les limaces, pensant qu’elles seront absentes. Catastrophe : vos cultures sont ravagées par un pullulement de limaces ! Comment l’expliquer ? Assez simplement : la baisse de la population de carabes n’était pas dues à la présence ou à l’absence de limaces, mais à autre chose, et on peut s’amuser à lister les multiples raisons possibles : pas assez de bandes enherbées, fauche trop importante etc.

Pour éviter de tomber dans ces pièges alléchants, on peut réaliser une expérience comparative : reprenons notre exemple des carabes. Vous pensez que leur baisse de population indique une absence de limaces, mais vous voulez en être sûr.e. Il vous suffit de comparer le nombre de limaces retrouvées dans la zone qui a subit une baisse de la population de carabes, aux nombres de limaces retrouvées dans les autres zones ! Si vous repérez que dans les autres zones où les populations de limaces baissent, celle des carabes baisse aussi, alors vous tenez peut-être une piste ! Dans le cas où les baisses de populations de limaces n’impliquent pas une baisse de celle des carabes dans les autres zones, alors il faut chercher une autre explication…

Si vous identifiez la bonne explication, et que vous souhaitez y remédier : réalisez aussi une expérience comparative pour évaluer la pertinence des changements que vous souhaitez implémenter ! Quoi qu’il en soit, nous verrons plus en détails dans un autre Manuel Pratique comment réaliser des expérimentations correctes.

 

Dans la pratique

  • Identifier les ressources disponibles : si vous avez identifié des groupes ou des espèces dont le régime est strict (ils ne consomment qu’un seul type de nourriture), alors vous pouvez raisonnablement conclure de la présence de cette source de nourriture !
  • Surveiller les populations prédatrices : on l’a vu, ce test est plutôt efficace pour les espèces prédatrices, comme les carabes. Autrement dit, s’il est répété dans des conditions similaires, il peut donner un bon aperçu de l’évolution de ces populations importantes ! Par exemple, si une année prochaine vous relevez beaucoup plus de carabes dans une zone, vous saurez que celle-ci est relativement protégée des gastéropodes. On peut également utiliser ce piège pour évaluer l’efficacité d’un réservoir à prédateurs, comme les bandes enherbées, lors d’un test comparatif !
  • Repérer les espèces à surveiller : si vous êtes parvenu à identifier certaines espèces, il convient de vérifier s’il s’agit ou non de ravageurs potentiels ! L’évolution de leur population sera à surveiller prioritairement, mais vous pouvez déjà vérifier si leurs micro-prédateurs sont présents ! Vous pourrez également, avec le prochain Manuel Pratique, identifier la présence ou l’absence de leurs macro-prédateurs !

 

 

Envie de contribuer ?

Vous avez déjà expérimenté cette technique ? Vous connaissez une ou plusieurs astuces pour l’améliorer, faciliter sa mise en place ? Vous avez relevé une erreur ? N’hésitez pas à partager vos résultats et vos idées en commentaires, ou à nous dire quels groupes vous avez trouvés dans vos échantillons et que nous n’avons pas mentionnés, nous enrichirons ce manuel en conséquence !


 

 

Bibliographie

 

 

Pour citer ce document

Vous pouvez librement faire référence à ce contenu dans vos articles, nous vous demandons simplement de citer l’article et son auteur de la façon qui suit :

BEN BELAÏD S., Le Manuel pratique du Père Magraine N°7 – Analyser la macrofaune rampante de son sol [en ligne], Chez le Père Magraine, 27/10/2018 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/manuel-pratique-n7-analyser-la-macrofaune-rampante-de-son-sol/

Il vous suffit de remplacer « XX/XX/XXXX » par la date à laquelle vous avez consulté cet article 🙂

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