Les Dossiers de Micro & Macro – Les acariens du sol

Les acariens, généralement mal-aimés pour les dégâts qu’ils peuvent occasionner, n’en sont pas moins multiples et variés, comme leurs fonctions écologiques ! Micro & Macro font le point !

1 – Micro-bio : Qui sont les acariens du sol ?

2 – Au Microscope : Morphologie et cycle de vie des acariens du sol

3 – Biocénose : Place des acariens du sol dans le réseau trophique

4 – Macrorama : Fonctions écologiques des acariens du sol

5 – Envie d’agir ? Cultiver avec les acariens du sol

6 – Bibliographie

7 – Pour citer ce document

 

 

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Qui sont les acariens du sol ?

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Les acariens appartiennent à l’embranchement des arthropodes (du grec « arthron », « articulation » et « podos », « pieds ») et à la classe des arachnides (du grec « arachnè », « araignée »). C’est la classe qui regroupe, entre autres, araignées, pseudoscorpions, opilions et scorpions. Les acariens y forment l’ordre des Acari (du latin scientifique « acarus », lui-même emprunté au grec ancien « akari » (“ciron”), dérivé de akarês, “insécable”). Cet ordre contient environ 50.000 espèces répertoriées, cependant, on pense qu’il en existerait plus d’un million !

On trouve des acariens sur tous les continents et dans tous les milieux. On compte même une trentaine d’espèces endémiques en Arctique ! Ils sont présents dans tous les types de sol. Toutefois, ils sont généralement bien plus nombreux en forêt qu’en prairie.

Les acariens évoluant dans les sols ou dans la litière sont des Acariformes ou des Parasitiformes (nom trompeur puisqu’un acarien Parasitiforme n’est pas forcément un parasite).

  • Les Acariformes :

Parmi les Acariformes du sol, on trouve les Oribates (Oribatida) et les Prostigmates (Prostigmata).

Les Oribates, aussi appelés « acariens mâcheurs », sont les plus représentés dans les sols, puisqu’ils constituent 50 à 80% de la totalité des acariens de ce milieu. Certains sols peuvent contenir jusqu’à 400.000 individus et plusieurs centaines d’espèces au mètre carré ! On les trouve en très grande majorité dans les 5 premiers centimètres mais ils peuvent descendre jusqu’à une trentaine de centimètres en empruntant les conduits racinaires et les galeries de vers de terre.

Les oribates étant principalement mycophages, ils causent généralement peu de dégâts aux végétaux, sauf dans les sols sous serre, où il leur arrive de pulluler. Ils peuvent alors causer des dégâts importants, notamment sur les bulbes de certaines fleurs ou les rhizomes de certains légumes, comme la pomme de terre, dont ils se nourrissent (laissant dans le rhizome de petites galeries). C’est le cas, par exemple, du ciron des bulbes (Rhizoglyphus echinopus).

Les Prostigmates (aussi appelés « acariens suceurs ») présents dans le sol peuvent être de formes libres ou parasitaires. La plupart des espèces sont prédatrices et vivent complètement dans le sol, mais il en existe qui n’y passent qu’une partie de leur vie. C’est le cas des parasites d’arthropodes et de vertébrés, dont la vie dépend d’un ou plusieurs hôtes, mais aussi des très célèbres « araignées rouges » (qui ne sont pas des araignées), des acariens de forme libre qui vivent principalement sur les plantes, desquelles ils sucent le contenu des cellules végétales.

  • Les Parasitiformes :

Dans le sol, on retrouve parmi les Parasitiformes les Mesostigmata et les Ixodida (communément appelée « tiques »).

Les acariens mésostigmates présents dans le sol sont majoritairement des prédateurs, mais il en existe qui sont des parasites d’animaux (les acariens du genre Varroa, parasites des abeilles, par exemple, mais il en existe aussi qui sont parasites d’oiseaux et de petits mammifères).  Ils ne se retrouvent dans les interstices du sol que durant la journée.

Les Ixodida (tiques) sont ectoparasites et chaque espèce de tique et parfois chaque stade de développement d’une espèce est inféodé à un hôte spécifique. Les tiques commencent leur cycle de vie dans le sol et une fois adulte, elles y retournent après s’être gorgées de sang, pour y muer ou pour y pondre.

 

Histoire des acariens du sol

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Tout comme les autres arachnides, les acariens sont très anciens. Ainsi, les traces les plus anciennes des acariens connus remontent à plus de 350 millions d’années ! Et ils ont peu évolués depuis : les plus anciens ressemblent énormément à ceux que l’on connaît aujourd’hui.

 

 

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Morphologie des acariens du sol

La taille des acariens peut varier de quelques dixièmes de millimètres à plus de 1 cm (pour les tiques une fois gorgées de sang, par exemple). Ils possèdent un squelette externe (exosquelette), qui les protège contre l’extérieur (et notamment contre certains prédateurs). Étant aussi des Arachnides, les acariens possèdent 4 paires de pattes. La première paire a généralement un rôle sensoriel. En utilisant les sensilles ou poils sensoriels qui s’y trouve pour palper l’environnement, ils sont capables de percevoir les goûts et les odeurs mais aussi de se localiser les uns les autres.

Les acariens ont une morphologie unique au sein des arachnides : la grande majorité d’entre eux ont un corps sphérique, sans séparation entre la partie antérieure (prosome)  et la partie postérieure (opisthosome).

Cette morphologie unique chez les Arachnides se décline en des formes et des couleurs particulièrement variées. Bleu, vert, jaune, orange, rouge ou marron, on trouve ainsi des acariens vermiformes, en forme de disques (discoïdal) ou d’ellipse (ellipsoïdale), en fonction des espèces et de leur mode de vie.

Ils possèdent 2 paires de pièces buccales : les chélicères et les pédipalpes. 

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Les chélicères sont situées près de la bouche et prennent généralement la forme de crochets ou de pinces. Elles présentent une grande variété de tailles et de formes selon les régimes alimentaires et servent la plupart du temps à mordre, traîner ou couper la nourriture ciblée, et parfois à s’accrocher à des hôtes pour se déplacer (on appelle ce phénomène la phorésie). Les chélicères peuvent facilement être confondues avec la seconde paire d’appendices buccaux : les pédipalpes. Pour visualiser, ils correspondent aux mandibules de certains insectes. Parfois appelés “pinces-mâchoires”, ils sont articulés comme des pattes et leur base joue un rôle masticateur.

 

Morphologie des Acariformes

Les Oribates

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D’une taille comprise entre 0,2 et 1 mm, les Oribates sont souvent de couleur brune et ont un exosquelette (on les appelle aussi les « acariens cuirassés ») qui a souvent la particularité d’être composé de calcaire (ils jouent donc rôle dans l’immobilisation du calcium). Certains d’entre eux possèdent une paire de « fausses-ailes » (appelées « ptéromorphes » et servant au camouflage) qui sont en réalité la « continuité » de leur exosquelette.

Les Prostigmates

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Mesurant entre 0.1 et 16 mm, les acariens prostigmates sont généralement pourvus d’yeux et portent des chélicères en forme de pinces (chez les formes libres). Ils présentent aussi dans la très grande majorité des cas une paire d’orifices respiratoires situés à l’avant du corps, appelés les « stigmates », d’où leur nom (« pro » signifiant « avant »). Ce groupe contient une variété impressionnante de formes et de couleurs, selon leur mode de vie et d’alimentation (les espèces prédatrices, par exemple, ont des pédipalpes particulièrement développés).

 

Morphologie des Parasitiformes

Les Mésostigmates

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D’une taille comprise entre 0.2 à 2.5 mm, les acariens mésostigmates sont reconnaissables à leur paire de stigmates située au milieu de leur corps (d’où leur nom, « méso » signifiant « milieu »). Ils ont généralement un corps elliptique et aplati et portent des pédipalpes particulièrement grêles.

 

Les Ixodida

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Les tiques sont les plus grands des Parasitiformes (et des acariens). Leur corps est toujours ovale et leur tête se termine par un prolongement rigide dentelé appelé « rostre » et ressemblant à un harpon. Elles ne possèdent pas d’yeux mais un organe sensoriel particulier, l’organe de Haller. Il leur permet de détecter les vapeurs d’eau et l’eau liquide, mais aussi la présence des animaux à sang chaud. Une fois gorgées de sang, les tiques sont beaucoup plus grosses et leur corps a tendance à changer de couleur.

 

 

Cycle de vie des acariens du sol : la nutrition

Les espèces d’Oribates se nourrissent principalement de champignons (mycophages), mais il en existe qui consomment des végétaux vivants (algues, mousses, lichens voire plantes supérieures), et d’autres qui décomposent la matière végétale morte (ils sont détritivores). Une partie d’entre eux sont prédateurs de nématodes ou charognards.

Les Prostigmates se composent principalement d’espèces prédatrices : prédateurs de nématodes, ils consomment également des arthropodes (comme les collemboles) et leurs œufs, et les espèces plus petites sont des « micro-prédateurs », chassant des micro-organismes comme les bactéries. D’autres espèces sont mycophages et d’autres encore, comme les « araignées rouges » sucent le contenu des cellules des végétaux. Les formes parasites dépendent d’arthropodes ou de petits vertébrés.

Pour les Mésostigmates, c’est à peu près la même chose ! À cela près que certaines espèces de Mésostigmates chassent les Prostigmates (pour exemple la famille des Laelapidae s’attaque particulièrement aux « araignées rouges » tant redoutées). Une autre différence réside dans la capacité à certaines espèces de Mésostigmates à se nourrir de bois en décomposition.

Les Ixodida sont sanguinivores (ils se nourrissent de sang).

 

Cycle de vie des acariens du sol : la reproduction

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La reproduction des acariens est principalement sexuée, soit par accouplement direct, soit par accouplement indirect. Dans ce cas, le mâle dépose des spermatophores (capsules contenant des spermatozoïdes) dans les lieux fréquentés par les femelles, qui viennent les récupérer. Acariens du solObjet9

Cependant, la reproduction par parthénogenèse n’est pas rare, donnant naissance à des générations constituées exclusivement d’individus soit femelles soit mâles.

Les acariens passent par 1 à 5 mues successives, durant lesquelles l’individu se débarrasse de la cuticule qui recouvre son corps (et forme son exosquelette). Chaque mue correspond à un stade de développement, de l’œuf à l’individu adulte. Les individus immatures ont une morphologie et/ou des comportements distincts de ceux des adultes.

 

 

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Fonctions écologiques des acariens du sol

Un rôle de décomposeur de la matière végétale

Parce qu’ils la découpent ou la broient, les acariens détritivores jouent un rôle dans les premiers stades des processus de la décomposition de la matière végétale. Ils la fragmentent et la rendent ainsi disponible pour les micro-organismes du sol. Certaines espèces d’Oribates sont capables de s’attaquer aux épines et rameaux de conifères, fait assez rare dans le monde du vivant !

 

Participation au cycle des éléments nutritifs

Les acariens fongivores participent aussi au cycle des éléments nutritifs, notamment du calcium. En effet, les hyphes de champignon qu’ils ingèrent contiennent des cristaux d’oxalate de calcium que certains Oribates sont capables de métaboliser et d’utiliser pour leur exosquelette. De même, les acariens se nourrissant de charognes participent au recyclage de la nécromasse et donc à la disponibilisation des éléments nutritifs.

 

Un rôle de régulation du réseau trophique

Beaucoup d’espèces d’acariens sont prédatrices, et leurs prélèvements pouvant être importants, elles jouent un rôle fondamental de régulation (notamment des nématodes). Elles permettent également aux populations microbiennes de se renouveler, en libérant continuellement les niches écologiques qu’elles occupent (c’est le cas des bactéries par exemple, dont certains acariens se nourrissent).

Les espèces parasites, quant à elles, ont l’avantage de limiter le développement de potentiels ravageurs de plus grande taille, transmettant à leurs hôtes des agents pathogènes (virus, bactéries, protozoaires et nématodes).

 

Une auto-régulation des acariens potentiellement ravageurs

Les Mésostigmates pouvant s’attaquer à d’autres acariens (comme les Prostigmates), l’ordre des acariens s’auto-régule : c’est l’exemple des « araignées rouges », proies favorites de certains Mésostigmates.

 

Des proies de choix pour de nombreux prédateurs

La présence d’acariens permet également d’attirer leurs nombreux prédateurs, qui sont rarement des prédateurs exclusifs et qui chassent d’autres proies potentiellement ravageuses.

 

Un rôle dans l’entretien de la porosité du sol

Les acariens ne creusent pas eux-mêmes de galeries, mais ils agrandissent et aménagent les cavités naturelles, creusées par d’autres organismes ou bien laissées par les racines des plantes après leur décomposition. Ils participent ainsi à la préservation de la porosité du sol.

 

Un rôle dans la dispersion des spores de champignons et des populations bactériennes

Les acariens mycophages et bactérivores, notamment par leurs excréments, facilitent la dispersion des populations bactériennes et des spores de champignons dans le sol.

 

Limitation des maladies cryptogamiques

Enfin, les acariens mycophages sont connus pour consommer des champignons phytopathogènes (qui peuvent rendre les plantes malades), ils réduisent ainsi la probabilité que les plantes soient touchées par des maladies cryptogamiques.

 

 

Cultiver avec les acariens du sol

Il faut retenir que les acariens posent rarement problème dans un réseau trophique complexe, dans lequel leurs prédateurs sont présents. On retiendra tout de même que :

  • on peut constater une augmentation des populations d’acariens au printemps et en automne. On s’assurera donc de la présence de leurs prédateurs pour les saisons en question, et si ce n’est pas le cas, on pensera à installer des abris pouvant les accueillir (et à être un peu patient.e, les prédateurs n’arrivant que si leurs proies sont présentes).
  • les serres irriguées offrent des conditions de pullulement idéales pour les acariens potentiellement ravageurs.

 

Favoriser les acariens du sol

Pour favoriser leur présence, on pourra :

  • proscrire le labour et limiter le travail du sol : cela permettra de ne pas détruire leurs micro-habitats et ne pas les remonter à la surface où les conditions leurs sont moins favorables.
  • couvrir son sol : pour créer des micro-habitats et préserver l’humidité dont ils dépendent. On peut opter pour un couverture organique, qui servira également à nourrir les acariens mais aussi pour un couvert vivant, dont la culture laissera des galeries qui seront plus tard habitées et entretenues par les acariens.
  • favoriser la présence de champignons : cela permet d’accueillir les acariens mycophages, dont les populations sont importantes en nombre et en variété. Celles-ci permettront d’attirer les acariens prédateurs.

 

 

 

 

Vous pouvez librement faire référence à ce contenu dans vos articles, nous vous demandons simplement de citer l’article et ses auteur.e.s de la façon qui suit :

JEAN S., BEN BELAÏD S., Les Dossiers de Micro & Macro – Les acariens du sol [en ligne], Chez le Père Magraine, 14/04/2018 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/micro-macro-acariens-du-sol/

Il vous suffit de remplacer « XX/XX/XXXX » par la date à laquelle vous avez consulté cet article 🙂

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