Les Dossiers de Micro & Macro – Les engrais verts

À quoi servent les engrais verts ? De quoi sont-ils capables et comment les utiliser ? Micro & Macro font le point !

1 – Micro-bio : Les engrais verts, c’est quoi ?

2 – Au Microscope : Les différents modes d’action des engrais verts

3 – Macrorama : Précautions d’emploi et limites des engrais verts

4 – Envie d’agir ? Utiliser les engrais verts

5 – Bibliographie

6 – Pour citer ce document

 

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Les engrais verts, c’est quoi ?

Le terme “engrais vert” désigne une culture dont le but est d’améliorer et/ou de préserver les qualités agronomiques d’un sol.

Cette culture, souvent non commerciale, n’est généralement pas destinée à être récoltée : elle est plus à considérer comme un outil plutôt que comme un produit.

 

Histoire des engrais verts

L’utilisation des engrais verts est très ancienne : on compte quelques exemples de techniques culturales s’en rapprochant, dès 300 ans avant Jésus-Christ.  Les grecs enfouissaient ainsi des cultures de fèves des marais pour amender le sol. De la même façon, les romains utilisaient le haricot et le lupin comme fertilisants.

 

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Les différents modes d’action des engrais verts

 

Les engrais verts sont utilisés pour atteindre divers objectifs. On peut citer :

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L’effet couvre sol : parce qu’il lui évite d’être à nu, il préserve le sol de l’érosion éolienne et hydrique. Il le préserve aussi de la compaction (surtout s’il y a passage de machines). Toutes les plantes ont un pouvoir couvrant plus ou moins élevé, selon leur morphologie, ainsi, n’importe quel engrais vert peut remplir (plus ou moins bien) cet objectif.

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L’effet structurant : il est relatif à l’activité racinaire des espèces choisies. 

  • Les plantes au système racinaire fasciculé (ayant de nombreuses ramifications dans les premiers centimètres du sol) comme les poacées (seigle, avoine, ray-grass, etc..) vont favoriser l’apparition d’une structure grumeleuse en surface. Cette structure rend le sol plus favorable au semis de la culture suivante.
  • Les plantes au système racinaire pivotant (une racine principale puissante s’enfonçant verticalement dans le sol) comme certaines fabacées (mélilot, luzerne) ou brassicacées (radis huileux) vont effectuer un travail du sol plus profond, améliorant ainsi l’infiltration de l’eau dans les couches inférieures.

Après sa destruction, la décomposition de l’engrais vert stimule l’activité de la microfaune détritivore (qui se nourrit de matière végétale morte, notamment les vers de terre), qui participe à son tour à l’amélioration de la structure du sol.

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L’effet “piège à nitrates”: les engrais verts sont ici utilisés pour mobiliser les nitrates (forme chimique de l’azote biodisponible pour les racines) du sol qu’ils utilisent afin de permettre leur croissance. Cela permet d’éviter leur lessivage par exemple en cas de fortes pluies ou encore pendant une période sans cultures. On peut ainsi préserver les nappes phréatiques d’éventuelles pollutions notamment en cas d’utilisation de fertilisants minéraux ou organiques. La destruction du couvert, avant sa montée en graines, suivie de sa décomposition in situ, permet la restitution d’une partie des éléments nutritifs immobilisés pour la culture suivante.

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L’effet stimulant sur l’activité biologique des sols : les jeunes plantes ont une rhizosphère (fine partie du sol entourant les racines où évoluent de nombreux micro-organismes) particulièrement active. Les exsudats racinaires (liquides organiques suintant des racines) sont consommés par des micro-organismes qui vont à leur tour effectuer une minéralisation soutenue de la matière organique (ce qui rend les nutriments disponibles pour les végétaux).

Certains couverts végétaux peuvent aussi améliorer la densité et la diversité des mycorhizes (symbiose entre les racines d’une plante et un champignon). Dans cette optique, on évitera l’utilisation d’engrais verts de la famille des brassicacées (colza, moutarde, radis, etc..) car ces dernières ne produisent pas de mycorhizes et ont même tendance à réduire les populations existantes.

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L’effet de contrôle sur les adventices : certains engrais vert sont réputés comme étant “étouffants”. En effet, ils ont une germination rapide et produisent une épaisse couverture végétale (sarrasin, seigle d’automne). En privant le sol de lumière, le couvert végétal empêche la germination des graines photosensibles  (nécessitant de la lumière pour germer) d’adventices. De plus, un couvert végétal limite les variations de température et d’humidité du sol au cours de la journée, ce qui est également le facteur déclenchant de la germination de certaines adventices. Enfin, il faut retenir qu’un couvert végétal vivant est plus efficace qu’un mulch mort dans la suppression des adventices en raison d’une compétitivité persistante pour les ressources (eau, nutriments).

 

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L’effet briseur de cycle sur les maladies et les ravageurs : champignons, bactéries, virus mais aussi insectes et nématodes ravageurs ont souvent besoin de plantes “hôtes” pour maintenir leur population au fil du temps. L’emploi d’engrais vert dans des rotations de cultures peut permettre de briser le cycle biologique des ravageurs. Dans ce cas, on choisira un engrais vert d’une autre famille que la culture exploitée afin d’éviter d’héberger les maladies et les insectes phytophages qui lui sont associés.

Les engrais vert peuvent aussi servir à attirer une faune auxiliaire prédatrice des espèces indésirables en leur proposant de la nourriture (plantes mellifères) et/ou de nouveaux micro-habitats.

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L’effet “fertilisant” : lorsqu’il est détruit (avec ou sans enfouissement), l’engrais vert devient source de matières carbonées et de matières azotées. Il peut alors être utilisé pour apporter de l’humus et/ou des nutriments facilement minéralisés. Le choix des espèces se fera selon leur teneur en carbone :

  • les poacées fourniront un paillage plus difficilement dégradable et donc source d’humus. Il s’agit cependant d’un humus non stable qui devra être réapprovisionné régulièrement.
  • Les fabacées sont moins riches en carbone et plus riches en matières azotées. De plus, elle sont capables d’établir une symbiose avec des bactéries (Rhizobium) qui leur permettent de fixer l’azote de l’air, surtout en sol pauvre. Ainsi, elles sont plutôt choisies pour préserver ou enrichir un sol appauvri en azote.

Certains engrais vert peuvent aussi mobiliser d’autres nutriments (phosphates) et micro-nutriments (bore, molybdène, cobalt) nécessaires aux cultures suivantes et qui leur sont moins accessibles (par exemple la luzerne ou le mélilot).

Enfin, en se dégradant rapidement, les résidus végétaux dégagent du gaz carbonique et des acides faibles qui s’attaquent aux minéraux du sol (on dit qu’ils participent à leur bio-altération). Cela peut libérer des nutriments qui pourront, à terme, être prélevés par les plantes.

 

Précautions d’emploi et limite des engrais verts

Bien qu’étant un outil polyvalent et écologique, l’emploi des engrais verts nécessite de prévoir avec précision son itinéraire de culture. Pour les professionnels surtout, il faut que l’emploi d’engrais vert soit suffisamment profitable à la culture suivante pour justifier l’investissement en temps, espace disponible, énergie et argent.

L’emploi d’engrais verts peut en effet être source de certains désagréments qu’il convient d’anticiper :

  • Ils ne doivent pas être une gêne pour l’ensemencement et le développement de la culture suivante (concurrence en lumière et nutriments, éventuel effet allélopathique)
  • Ils ne doivent pas ếtre un hôte pour des maladies ou des ravageurs de la culture suivante ou associée
  • Ils doivent être détruits au bon moment et avec les outils adéquats (pour éviter les repousses non désirées)
  • Ils représentent une source d’évapotranspiration qu’il convient d’intégrer dans la gestion des apports en eau
  • Ils ne doivent pas être enfouis trop tardivement (risque de faim d’azote sur la culture suivante)
  • Ils ne doivent pas être enfouis trop en profondeur, surtout pour les matières fraîches (risque de fermentation anaérobie)
  • En cas de fortes populations de taupins, limaces et campagnols, l’usage d’engrais verts est à éviter ou limiter car ils favorisent le développement de ces ravageurs.
  • Les engrais verts n’enrichissent le sol que de façon limitée. Dans un sol pauvre, il peut s’avérer nécessaire d’apporter des éléments fertilisants supplémentaires (engrais, compost, fumier, etc..)
  • Contrairement à d’autres outils et techniques, les engrais verts sont logiquement plus gourmands en surface disponible et peuvent ainsi rapidement faire baisser le rendement à l’année.

 

Utiliser les engrais verts

Les différentes façons d’utiliser les engrais verts

Suivant les objectifs visés (amélioration de la structure du sol, gestion des adventices, prévention contre les ravageurs, etc..) et les contraintes (nature et besoins de la culture suivante ou associée, date des semis, nature du sol, etc..), on dénombre plusieurs façons d’utiliser les engrais verts :

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  • En couvert d’interculture :
    • Principe : l’engrais vert est implanté entre deux cultures principales (après la fin d’une première culture et avant une seconde culture). Il est généralement détruit avant l’implantation de la culture suivante.
    • Objectifs principaux : utilisé ainsi, il permet la gestion des adventices par compétition, la préservation des nutriments présents dans le sol, la protection du sol contre l’érosion, l’amélioration de la structure du sol.

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  • En flore adventice choisie :
    • Principe : l’engrais vert est cultivé comme une « adventice contrôlée ».
    • Objectifs : utilisé ainsi,  il simplifie les travaux de désherbage. En prenant par avance la place des adventices, qui sont multiples et diverses, il permet de ne pas avoir à adapter les techniques de désherbage au gré du type de végétation spontanée.

      Dans l’utilisation en flore adventice choisie, on retrouve plus précisément :

    • Le couvert associé :
      • Principe : l’engrais vert choisi a un cycle court, pour couvrir le sol au début de la culture principale, sans la concurrencer.
      • Objectifs : utilisé ainsi, il permet la gestion des adventices par compétition, un effet stimulant de l’activité biologique du sol, la protection du sol contre l’érosion, l’amélioration de la structure du sol. 
    • Le mulch vivant :
      • Principe : l’engrais vert est implanté avant ou pendant la culture principale et poursuit sa croissance simultanément à celle ci.
      • Objectifs : utilisé ainsi, il permet la gestion des adventices par compétition, un effet stimulant de l’activité biologique du sol, la protection du sol contre l’érosion,  l’amélioration de la structure du sol.

Une fois que l’engrais vert est détruit, il est possible de le réutiliser :

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  • En mulch mort :
    • Principe :  une couche suffisante de litière d’engrais vert est déposée au sol, dans une période d’interculture ou dans une période de culture.
    • Objectifs principaux : utilisé ainsi, il permet la gestion des adventices par modification de l’environnement, l’enrichissement du sol en matières organiques, la protection du sol contre l’érosion, un effet stimulant sur les populations lombriciennes et autres détritivores.

 

Comment choisir son engrais vert

 

Afin de déterminer quel type d’engrais vert utiliser, il faut d’abord considérer les objectifs visés. Il en existe plusieurs :

 

  • Améliorer la structure du sol : pour remplir cet objectif, on se penchera sur la famille des poacées pour induire l’apparition d’une structure grumeleuse favorable au semis et/ou sur les espèces à racines pivot puissantes pour améliorer l’infiltration de l’eau dans le sol.

 

  • Stimuler l’activité microbienne : tous les engrais verts fournissent une matière végétale facilement fermentescible qui peut stimuler l’activité microbienne des sols.  Les matières vertes, jeunes, pauvres en cellulose et peu lignifiées vont se dégrader plus rapidement. En sol argilo-calcaire, on cherchera parmi les brassicacées (leur richesse en composés soufrés a un pouvoir acidifiant qui libère les minéraux bloqués par le calcaire en plus de stimuler l’activité microbienne).

 

  • Enrichir le sol en azote : c’est parmi les fabacées que l’on fera son choix sachant que les espèces à grosses graines (pois, féverole,..) fixent plus rapidement l’azote que les espèces à petites graines (luzerne, mélilot,..).

 

  • Gérer les adventices : on choisira soit une action étouffante avec certaines poacées (sorgho, sarrasin, seigle) ou brassicacées (moutarde), soit une action de compétition en sélectionnant des engrais verts de la même familles que les adventices à contrôler.

 

  • Gérer les maladies et/ou ravageurs : on choisira ici une famille botanique d’engrais verts différente de la culture précédente et/ou suivante. 

Quelques brassicacées et poacées sont riches en composés toxiques pour certains bio-agresseurs mais aussi en composés inhibant la levée d’adventices indésirables. De nouveaux itinéraires techniques proposent l’utilisation de ces propriétés (c’est la bio-fumigation) mais ils restent encore délicats à maîtriser.

 

  •  Limiter la pollution des nappes suite à une application de fertilisants : la famille des brassicacées renferme de très bons pièges à nitrates (moutarde, colza, navette fourragère).

 

Ensuite, il faut prendre en compte certaines contraintes :

  • La rotation des cultures : il ne faut pas cultiver un engrais vert avant ou après une culture de la même famille botanique pour éviter de servir d’hôte à des maladies ou des ravageurs potentiels. Cela permet également de prélever des nutriments différents dans le sol afin d’éviter son épuisement.
  • La saison à laquelle on compte utiliser l’engrais vert : les  engrais verts de printemps (ex : phacélie, vesce de printemps) sont bien souvent des plantes gélives. Suivant les espèces, on les sème de février à avril pour une destruction entre mai et juin. On peut aussi semer des engrais verts de juillet à août (après une culture de printemps par exemple) : ils se développeront bien avant le froid puis joueront un rôle de mulch mort pour l’hiver. Les engrais vert d’automne (ex:seigle, trèfle incarnat) sont plus résistants au froid : ils germent avant le début de l’hiver et continuent leur croissance au printemps. On les sème de septembre à octobre pour une destruction de mai à juin de l’année suivante.
  • La durée d’interculture : les engrais verts au cycle de développement long et les vivaces seront plutôt réservé aux couverts d’automne et d’hiver. Au contraire, on choisira des annuelles au cycle végétatif court pour les couverts de printemps et d’été. Dans les deux cas, si on veut mettre en place une culture tout de suite après l’engrais vert, il faudra le faucher et l’enlever (pour le mettre au compost ou sur une autre parcelle) afin de prévenir le phénomène de faim d’azote. Dans le cas ou l’on souhaite incorporer l’engrais vert au sol (l’utiliser en mulch mort), il faudra prévoir 2 à 3 semaine avant la culture suivante, de sorte que les résidus aient bien amorcé leur décomposition.
  • La texture et le fonctionnement du sol : bien que les engrais verts soient souvent choisis pour être des espèces peu difficiles, connaître au mieux la texture et le fonctionnement de son sol peut aider à choisir le ou les engrais verts à utiliser.

 

 

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PRUVOST G., Les Dossiers de Micro & Macro – Les engrais verts [en ligne], Chez le Père Magraine, 24/08/2019 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/micro-macro-engrais-verts/

Il vous suffit de remplacer « XX/XX/XXXX » par la date à laquelle vous avez consulté cet article 🙂

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