Les Dossiers de Micro & Macro – Les guêpes

Les guêpes, tout le monde les connaît pour leur capacité à infliger de douloureuses piqûres mais, ne sont-elles que cela ? Micro & Macro font le point !

1 – Micro-bio : Qui sont les guêpes ?

2 – Au Microscope : Morphologie et cycle de vie des guêpes

3 – Biocénose : Place des guêpes dans le réseau trophique

4 – Macrorama : Fonctions écologiques des guêpes

5 – Envie d’agir ? Cohabiter avec les guêpes

6 – Bibliographie

7 – Pour citer ce document

 

 

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Qui sont les guêpes ?

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Le terme guêpe est un nom commun qui désigne de nombreuses espèces d’insectes (ayant 6 pattes) faisant partie de l’ordre des Hyménoptères (possédant deux paires d’ailes membraneuses couplées et dépendantes l’une de l’autre) et du sous ordre des Apocrites (leur thorax étant séparé de l’abdomen par un rétrécissement qu’on appelle “taille”, à l’origine de l’expression “taille de guêpe” !). Faisant partie des Apocrites, les guêpes sont ainsi proches des térébrants, frelons, fourmis et abeilles.

Au sens large, on connaît environ 20 000 espèces de guêpes appartenant à diverses familles (les guêpes forment ainsi un groupe “polyphylétique”, c’est-à-dire des espèces de lignées évolutives différentes), la plus représentée étant celle des Vespidae avec plus de 4700 espèces.

Sous le terme de “guêpes”, on trouve donc une variété impressionnante de tailles (de 0,139mm à 50mm), de couleurs (rayées de jaune, complètement noires ou bleues) et de modes de vie (sociales vivant en colonie, solitaires ou parasitoïdes).

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Histoire des guêpes

Grâce aux travaux d’un bénévole, Patrick Roques, cinq fossiles de petits insectes du Carbonifère supérieur (entre 300 et 330 millions d’années) ont été découverts en 2013, quatre en France (dans le Pas-de-Calais, à Avion) et un en Allemagne. Parmi ces fossiles, on trouve un hyménoptère qui n’est pas encore une guêpe, mais s’inscrit dans la lignée des guêpes primitives (Avioxyela gallica).

 

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Morphologie des guêpes

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Comme tous les insectes, les guêpes ont un corps composé de 3 parties distinctes :

  • la tête : elle porte une paire d’yeux composés et trois ocelles (sorte d’œil primitif) disposées en triangle. Entre les yeux sont implantées deux antennes. L’appareil buccal est du type broyeur/lécheur et les mandibules sont bien développées (pour capturer les proies ou encore construire le nid).
  • le thorax : on y retrouve deux paires d’ailes membraneuses. Les ailes antérieures sont plus grandes que les postérieures, elles sont couplées et dépendantes l’une de l’autre en vol. En dessous du thorax sont insérées 3 paires de pattes articulées terminées par des griffes.
  • l’abdomen : séparé du thorax par le pétiole (la taille), il se compose de 6 à 7 segments et peut se terminer par un aiguillon venimeux ou encore un ovipositeur (organe qui sert à déposer les oeufs dans les endroits les plus favorables).

 

Comment différencier les guêpes des abeilles et des frelons ?

Ces trois hyménoptères peuvent parfois être difficiles à distinguer les uns des autres.

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Chez les guêpes, l’abdomen est fin et peu poilu et le pétiole est très fin. Les abeilles sont plus trapues, compactes et poilues. En revanche, la coloration n’est pas toujours un caractère fiable pour différencier guêpes et abeilles car certaines abeilles solitaires (du genre Nomada) ainsi que les syrphes peuvent avoir une coloration jaune et noire aussi vive que celle des guêpes.

Bien qu’elles consomment aussi du nectar, les guêpes sont quasiment toutes prédatrices d’autres insectes, parfois nécrophages (elles mangent les cadavres) alors que les abeilles sont uniquement végétariennes (elles consomment le nectar et le pollen des fleurs). De nombreuses espèces d’abeilles possèdent des organes de récolte du pollen sur les pattes postérieures alors que les guêpes en sont dépourvues.

Différencier guêpes et frelons est plus délicat et se fait surtout sur un critère de taille. Les frelons sont plus grands que les guêpes : ils mesurent en moyenne 30 à 45 mm, alors que la taille de nos guêpes communes se situe entre 10 et 20mm. A la loupe, les frelons ont un vertex (partie de la tête situé derrière les yeux) plus large et le gastre (premier segment de l’abdomen situé juste après le pétiole) plus arrondi.

Les espèces de guêpes les plus couramment confondues avec les frelons sont la guêpe des buissons (Dolichovespula media), la guêpe germanique (Vespula germanica) et la guêpe poliste (Polistes dominula).

 

Cycle de vie des guêpes : la nutrition

Chez les guêpes sociales comme chez les guêpes solitaires, si les femelles sont de grandes prédatrices, c’est surtout pour nourrir leurs larves friandes de protéines. Les adultes quant à eux se nourrissent de matières sucrées : miellat de pucerons, fruits mûrs ou pourris, nectar de fleur, sève d’arbre.

Les guêpes chassent de nombreux insectes (mouches, papillons, scarabées) ainsi que leurs larves.

Les guêpes sociales consomment essentiellement les muscles situés dans le thorax de leur proies. Une fois mastiquée, cette nourriture est stockée dans leur jabot social (sorte de second estomac) et sera régurgitée pour nourrir les larves. Ce transfert, appelé trophallaxie, existe aussi chez les fourmis et les abeilles sociales. Les larves, une fois sustentées, régurgitent un liquide sucré qui sera consommé par les nourrices.

Les guêpes solitaires, quant à elles, paralysent leurs proies, qu’elles stockent ensuite dans un nid où elles pondent un oeuf. Une fois éclos, la larve se nourrira seule des réserves, encore vivantes.

Certaines guêpes parasitoïdes adultes se nourrissent de pucerons, d’autres de miellat ou de nectar. Leur larves se nourrissent de l’hôte sur lequel (ectoparasitisme) ou dans lequel (endoparasitisme) elles ont été déposées à l’état d’œuf.

Le saviez vous ?

Les espèces de la sous famille des Masarinae sont les seules guêpes à ne pas nourrir leurs larves de matières animales mais avec un pain d’abeille (mélange de pollens, miel, et ferments lactiques) à la façon des abeilles solitaires.

 

Cycle de vie des guêpes : la reproduction

Chez les guêpes sociales, le cycle de vie s’organise sur moins d’une année.

Au printemps, les futures reines déjà fécondées sortent de l’abri (diverses cavités ou tout autre endroit protégé des intempéries) dans lequel elles ont passé l’hiver. Elles portent en elles un stock de spermatozoïdes qu’elles utiliseront suivant les besoins de la colonie. En effet, comme chez les abeilles sociales et les fourmis, c’est la reine qui contrôle la production d’individus mâles, femelles ou encore d’ouvrières stériles.

Les œufs non fécondés donneront ainsi des individus mâles alors que les œufs fécondés donneront principalement des ouvrières stériles puis des femelles sexuées à la fin de l’été. Les mâles n’ont qu’un rôle reproducteur et meurent rapidement après accouplement. A partir de l’automne, les femelles non fécondées et le reste de la colonie meurt également. Seule la reine vit du printemps à l’automne, la durée de vie d’une ouvrière étant en moyenne d’une vingtaine de jour.

Les guêpes solitaires elles, sont toutes sexuées. Elles passent plutôt l’hiver à l’état de larves, à l’abri dans les cellules de leur nid. Dès le printemps, les jeunes mâles et femelles quittent le nid pour s’accoupler. Les femelles alors fécondées se mettent à construire un nid (parfois plusieurs) constitué d’un certain nombre de cellules dans lesquelles elles pondront leurs œufs et y déposeront toute la nourriture nécessaire à la complète métamorphose de leur larves.

Les guêpes parasitoïdes mesurent en moyenne moins de 1 millimètre et ont un cycle de vie très court. Elles pondent leurs œufs à la surface ou à l’intérieur d’un hôte (divers insectes dont les pucerons ou encore végétaux) qui servira de nourriture aux larves.

 

Cycle de vie des guêpes : les sites de nidification

Les guêpes sociales construisent leur nid avec une sorte de carton constitué de fibres végétales (fibres de bois, écorces, tiges diverses) mélangées à de la salive. Les nids peuvent être aériens (arbres, haies) ou cachés (arbre creux ou ancien terrier de rongeur dans le sol). Ils sont tous constitués de cellules hexagonales ouvertes vers le bas et beaucoup sont entourés d’une enveloppe avec une entrée située en dessous. Chez les guêpes communes (Vespula), les nids souterrains sont les plus grands (de 8 à 10 rayons pour 30 cm de diamètre) et peuvent renfermer plusieurs milliers d’individus.

Les guêpes polistes ne construisent pas d’enveloppe autour de leurs nids. Constitués d’un seul rayon, leur taille dépasse rarement la largeur d’une main et peut contenir de 15 à 200 individus. Il sont construits à l’abri de la pluie dans des zones bien exposées au soleil (cavités rocheuses ou tiges de plantes).

Parmi les guêpes solitaires, on distingue de nombreux types de nidifications :

  • Les guêpes fouisseuses (Sphecidae, Crabonidae) : les femelles ont des modes de nidification très diversifiés. Certaines aménagent leur nids dans des tiges creuses ou des cavités variées (ex: Isodontia sp.) ou utilisent d’anciennes galeries d’abeilles solitaires. Mais de nombreuses espèces creusent aussi des galeries dans le sable (Ex: Ammophila sabulosa) quand d’autres bâtissent de toutes pièces des loges en terre.
  • guêpes maçonnes ou potières (Eumènes, Sceliphron, Odynerus, etc) : la femelle construit de petits nids d’argile ou de boue, agglomérées avec de la salive. Les Eumènes construisent de petits nids en forme de pots (avec des formes spécifiques au genre, voir à l’espèce). La femelle fixe un oeuf par cellule, suspendu au bout d’un fil au dessus d’une réserve de proies paralysées. Les Onydères, quant à elles, construisent des nids dans le sol ou dans des pans de terre argilo-sableux. Ils sont constitué de galeries où des cellules sont aménagées par des cloisons les séparant.
  • Les ectoparasites (Pompilidae) : La femelle nourrie ses larves avec des araignées (une araignée par oeuf). Elle peut utiliser l’ancien nid de sa proie pour pondre ses oeufs ou encore construire un terrier fait de logettes d’argiles.
  • Les endoparasites (Chalcidoidea, Ichneuimonidae) : La femelle pond un oeuf dans sa proie. L’höte devient le nid et sera peu à peu dévoré par la larve jusqu’à sa mort.
  • Les guêpes coucou (Chrysididae) : La femelle pond un oeuf dans le nid d’autres guêpes ou abeilles solitaires et la larve se nourrit des provisions de l’hôte parasité.

Certaines espèces parasitent plutôt les végétaux (Cynipidae), provoquant l’apparition d’excroissances appelées “galles”. Ce type de parasitisme ne tue pas l’hôte, contrairement à celui visant les insectes.

 

Place des guêpes dans le réseau trophique

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Fonctions écologiques des guêpes

 

Fonctions de régulation

En tant que prédateurs, les guêpes exercent une importante pression de contrôle sur les populations d’insectes à reproduction rapide et abondante (mouches, papillons).

Fonctions d’assainissement

Tout comme leur cousines les fourmis, les guêpes ont des comportements nécrophages. En prélevant la chair de petits animaux morts (oiseaux, rongeurs), elles contribuent à nettoyer rapidement l’environnement et ainsi à limiter la dissémination de microbes pathogènes.

 

Fonctions pollinisatrices

Par rapport aux abeilles, les guêpes ne jouent qu’un rôle négligeable dans la pollinisation de la plupart espèces cultivées mais, étant consommatrices de nectar, elles y participent tout de même. De plus, de nombreuses espèces de guêpes sont les pollinisateurs exclusifs de certaines plantes. On peut citer la famille des Agaonidae qui sont les pollinisateurs indispensables de nombreuses espèces du genre Ficus (le figuier par exemple). Dans ce cas, plantes et insectes ont co-évolués jusqu’à devenir totalement dépendants l’un de l’autre.

Généralement pourvues d’une langue courte, les guêpes visitent surtout les familles botaniques à nectar facilement accessible, comme les Apiacées (anciennement Ombellifères) ou encore les Euphorbiacées. Il existe aussi des espèces ayant un appareil buccal plus long (du genre Ammophila) et qui sont capables de visiter des fleurs à corolle (ensemble des pétales) plus profonde.

Au printemps les reines visitent volontiers les fleurs de Cotoneaster et de Berberis. Les mâles, quand à eux, sont observés à l’automne sur les fleurs de lierre.

 

Cultiver avec les guêpes

Les guêpes ne représentent pas une menace pour les cultures. Si certaines productions fruitières (prunes, poires, raisins) peuvent parfois êtres impactées à la fin de l’été (qui est la période la plus intense pour l’activité du nid), les guêpes demeurent d’excellentes alliées dans la lutte contre de nombreux ravageurs.

Bien que potentiellement dangereuses par leur capacité à piquer et injecter du venin, la plupart des guêpes ne sont pas agressives et n’attaquent que lorsqu’elles sont paniquées ou pour défendre leur nid. Ainsi, on comprend que le seul motif raisonnable de destruction d’un nid serait sa localisation problématique par rapport à l’activité humaine (dans une habitation, sur un lieu de passage, dans des haies devant être taillées). Les nids construits dans les arbres, en hauteur, sont rarement gênants pour l’humain.

 

Comment favoriser la présence des guêpes

 

Accroître la quantité de sites de nidification potentiels

Pour les espèces terricoles (qui nichent dans le sol), les buttes et talus secs, bien ensoleillés et recouverts de peu de végétation sont un emplacement idéal. On peut recréer artificiellement ces microsites avec du sable, un mélange argilo-sableux ou même de la terre de jardin en limitant le développement de la végétation.

Pour les espèces qui nichent à la surface du sol, on peut laisser des tas de branches mortes, de vieilles poutres, un vieux tronc. Au fur et à mesure des années, les divers insectes xylophages (qui mangent du bois) vont laisser des galeries qui seront utilisées en deuxième main par toute sorte d’hyménoptères, dont certaines guêpes.

Bon nombre d’abeilles et de guêpes solitaires nichent uniquement dans la moelle de divers arbustes et plantes, au niveau des extrémités brisées ou sectionnées. De nombreuses plantes possèdent des rameaux creux une fois secs (sureau, rosiers, framboisiers, ronces,etc..). Il est donc facile de proposer de multiples possibilités de nidification aux guêpes en laissant suffisamment de bois mort à la taille des arbustes.

Les tiges de certaines plantes non ligneuses (molènes, chardons, orties, marguerites) sont également utilisées par de petites guêpes pour nidifier. Après floraison, on peut rabattre à 15 cm les tiges de ces plantes après pour permettre aux insectes d’y abriter leur progéniture.

Pour les espèces nichant dans des cavités préexistantes, l’installation de nichoirs (fragments de bambous, blocs de bois ou pierres perforées) est un moyen simple et efficace d’accroître leur population. Les abeilles et guêpes solitaires qui s’y installent ne sont pas agressives et peuvent ainsi être observées sans danger.

Présence d’une flore abondante et diversifiée 

Pour favoriser la présence de nombreux hyménoptères, il est important d’installer une présence florale du début du printemps jusqu’à la fin de l’été. Cette flore doit comporter une bonne proportion de plantes sauvages indigènes (locales) indispensables pour certaines espèces spécialisées (les variétés horticoles étant plutôt favorables aux pollinisateurs généralistes).

Réduire au maximum le rythme des tontes, ne pas tondre une pelouse entièrement le même jour, limiter au maximum le travail du sol, laisser des bandes enherbées et des zones non cultivées : toute ces pratiques permettent de préserver les populations de guêpes et abeilles solitaires mais aussi de nombreux autres insectes alliés du jardin.

 

Relu et valié par Ad Naturam

 

 

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PRUVOST G., Les Dossiers de Micro & Macro – Les guêpes [en ligne], Chez le Père Magraine, 08/08/2020 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/micro-macro-guepes/

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