Les Dossiers de Micro & Macro – Les larves de coléoptères du sol

Hannetons, taupins… Des noms qui font frémir ! Mais les larves de coléoptères du sol ne sont-elles que d’odieuses dévoreuses de cultures ? Micro & Macro font le point !

1 – Micro-bio : Définition des larves de coléoptères du sol

2 – Au Microscope : Morphologie et cycle de vie des larves de coléoptères du sol

3 – Biocénose : Place des larves de coléoptères du sol dans le réseau trophique

4 – Macrorama : Revoir notre vision des larves de coléoptères du sol & fonctions écologiques des larves de coléoptères du sol

5 – Envie d’agir ? Cultiver avec les larges de coléoptères du sol

6 – Bibliographie

7 – Pour citer ce document

 

 

MicrobioDMMP

Que sont les larves de coléoptères du sol ?

Les coléoptères font partie de la grande classe des insectes. Ils constituent un ordre très riche comportant plus de 360 000 espèces décrites (soit 40% de l’ensemble des espèces d’insectes) et sont apparus bien avant l’extinction des dinosaures (des paléontologues français ont découvert les fossiles d’anciens représentants des insectes modernes âgés de plus de 300 millions d’années dans le Nord de la France).

Larves de coléoptères du sol Objet1

Le mot « coléoptère » vient du grec « koléos » (fourreau) et « ptéra » (ailes) car ils se définissent par la présence d’ailes durcies et cornées (appelées élytres) protégeant les ailes membraneuses et fragiles qui servent au vol.

Les coléoptères présentent une grande diversité et on les retrouve ainsi dans de nombreux biotopes à l’exception des régions polaires et marines. Comme 80% des insectes, ils sont dit holométaboles, c’est à dire qu’ils subissent au cours de leur vie, une métamorphose complète en 4 étapes (oeuf, larve, nymphe, adulte). Au cours de ces étapes, leur milieu de vie ainsi que leur régime alimentaire peut varier, ce qui multiplie leurs fonctions écologiques.

Par exemple le taupin, tant redouté des jardiniers, est en fait le stade larvaire d’espèces de la famille des Elatéridés. Ce dernier passe 3 à 4 années dans le sol (se nourrissant parfois de nos cultures) et après une transition par le stade nymphe, il finit sa vie à la surface, consommant pollen et tissus végétaux, sans impact particulier sur les récoltes.

Environ 70% des coléoptères sont, aux stades larvaires et adultes : saprophages (matières en décomposition), saproxylophages (bois en décomposition), coprophages (excréments), mycétophages (champignons), nécrophages (cadavres) ou phytophages (plantes). Les 30 % restants sont des prédateurs ou des zooparasites (ils parasitent d’autres d’animaux invertébrés).

Pour comprendre leur place dans les fonctionnements du sol, on se focalise ici sur les coléoptères dont les larves vivent dans le sol : les larves endogées de coléoptères.

 

 

AuMicroscopeDMMP

Morphologie des larves de coléoptères du sol

Les larves de coléoptères sont caractérisées par la présence d’une tête rigide et d’un appareil buccal de type broyeur. Elle peuvent posséder des pattes plus ou moins développées.

On distingue ainsi 4 grands types de larves :

Les scarabéiformesLarves de coléoptères du sol Objet5

Elles ont la tête bien développée et des pattes au niveau du thorax. Leur corps est généralement courbé et elles sont peu mobiles. On y retrouve des phytophages, des saprophages et des coprophages. La diversité des régimes alimentaire de ces larves peut parfois occasionner des frayeurs inutiles chez le jardinier. Par exemple, la larve de cétoine (saprophage) peut être facilement confondue avec celle du hanneton (phytophage). Une petite astuce pour les différencier : les larves du hanneton (illustration ci-dessus) ont de grandes pattes qui font la largeur du corps ou plus, alors que les larves de cétoine ont des pattes plus petites que la largeur de leur corps.

 

Les campodéiformesLarves de coléoptères du sol Objet4

Elles ressemblent à des insectes adultes avec 3 paires de pattes au niveau du thorax. Leur corps est allongé et aplati et elles possèdent parfois des antennes. Très vives, on les retrouve plutôt à la surface du sol ou dans la litière. Elles très souvent prédatrices et donc considérées comme des alliées au jardin. Exemples : lampyres, carabes, staphylins, coccinelles.

 

Les vermiformesLarves de coléoptères du sol Objet3

Elles ont un aspect d’asticot (corps mou), et ne possèdent pas de pattes. On y retrouve des phytophages, des saprophages et des coprophages. Exemples : chrysomèles, charançons.

 

Les élatériformesLarves de coléoptères du sol Objet2

Elles ont un aspect de vers fins (allongés et cylindriques). Leur corps est nettement segmenté, rigide et possèdent des pattes courtes. On y retrouve des phytophages, des saprophages et des coprophages. Exemple : taupins.

 

Le cycle de vie des larves de coléoptères du sol

Ce stade larvaire a une durée très variable selon les espèces et les conditions environnementales. Ainsi la coccinelle à un stade larvaire de 3 semaines alors que celui du taupin peut durer 3 à 4 ans. Au cours de leur développement les larves peuvent avoir plusieurs mues et ainsi gagner en taille et en poids.

Larves de coléoptères du sol Objet6

Quand les conditions sont propices, la larve va se transformer en nymphe (le stade précédant le stade adulte, appelé « imago »). Elle est alors souvent peu mobile et ne se nourrit pas. Elle est protégée par une couche externe rigide appelée cuticule ou parfois par un cocon (fait de soie). Pendant cette étape, l’insecte est particulièrement vulnérable aux prédateurs. De la nymphe émerge le coléoptère adulte apte à se reproduire et parfois avec un régime alimentaire bien différent de son stade larvaire.

Larves de coléoptères du sol Objet7Les coléoptères ont une reproduction sexuée : après accouplement, la femelle peut pondre de quelques dizaines d’œufs à plusieurs milliers selon les espèces. En général ils sont pondus sur le substrat dans lequel les larves vont évoluer (sur des feuilles pour les larves qui vivent sur le sol comme les coccinelles, dans les premiers centimètres du sol pour les larves qui vivent en profondeur comme les taupins).

 

 

Larves de coléoptères du sol Objet8

 

 

Revoir notre vision des larves de coléoptères du sol

Relativiser le danger

Hannetons, taupins… ces noms font frémir à cause des potentiels ravages qu’ils peuvent faire parmi les cultures. Mais il faut retenir que ces appellations sont des noms courants qui désignent de nombreuses espèces différentes. Ainsi, parmi les 11 000 espèces de coléoptères décrites en France, 14 (du genre Agriotes) sont appelées “taupins” et au final, seules 4 des ces espèces ont été définies comme potentiellement dangereuses pour les cultures. Il en est de même pour les hannetons : ce terme désigne 11 000 espèces à travers le monde (en Europe, surtout du genre Melolontha) et toutes n’ont pas le même impact sur les cultures.

 

Identifier les causes des ravages

Nombre d’espèces de coléoptères sont polyphages (ils ont un régime alimentaire varié, principalement saprophage) mais suite à la disparition de leur nourriture (comme lors d’un désherbage massif), ils adaptent leur régime vers une phytophagie stricte et se nourrissent de ce qui reste, à savoir les cultures (c’est le cas du taupin). Autrement dit, certaines pratiques agricoles (comme le labour, le désherbage ou l’élimination d’autres espèces) installent les conditions pour un ravage des cultures par les larves endogées de coléoptères.

 

Des espèces importantes mais menacées

Rappelons également que les coléoptères n’échappent pas à l’importante disparition constatée des insectes en Europe, et notamment en Allemagne : les pesticides sont sur le banc des accusés, mais ils ne sont pas seuls. En effet, l’accent mis sur l’importance de l’azote en agriculture a conduit à l’éviction du bois mort (considéré comme étant « trop carboné ») et à la disparition des couverts végétaux vivants, principaux aliments des larves, qui se tournent alors vers les cultures. L’utilisation des pesticides non-sélectifs amplifie le phénomène de pullulement, puisque les prédateurs des larves phytophages sont également éliminés.

Paradoxalement, avant l’arrivée des pesticides, l’agriculture s’accommodait de la présence de ces larves : en Suisse, on extrayait une huile des hannetons servant à la consommation ou au graissage des machines, tandis qu’en Prusse on en faisait une farine pour la consommation animale (ils sont un met très recherché par certains animaux, dont les sangliers qui fouissent le sol à leur recherche).

 

Fonctions écologiques des larves de coléoptères du sol

Tout comme les gastéropodes, les larves de coléoptères sont des agents importants du recyclage de la nécromasse (matière organique morte). Les saproxylophages sont particulièrement remarquables pour leur capacité à dégrader le bois mort. Les coprophages jouent également un rôle important dans la dégradation des excréments animaux.

Bien souvent, les larves de coléoptères endogées changent de profondeur suivant leur cycle de vie, la température et l’humidité du sol. L’amplitude de leur déplacement peut atteindre 1 mètre de profondeur. Ces déplacements entraînent la formation de micro galeries qui aèrent le sol et ils remontent les argiles vers la surface. Bien que ces fonctions soient généralement associées aux vers de terre, l’action des larves de coléoptères vient compléter la bioturbation (brassage du sol).

 

 

Cultiver avec les larves de coléoptères du sol

Les coléoptères et leurs larves sont un maillon important du réseau trophique et, tout comme les limaces, chercher à les éradiquer s’avère bien souvent contre-productif. Mais alors, comment atteindre un équilibre ? Comment profiter de leurs services écologiques sans subir leurs ravages ?

Il faut se rappeler que le pullulement de larves au comportement phytophage est anormal : il a nécessairement été causé par un dérèglement. Plutôt que de chercher à répondre au pullulement, cherchons à répondre au dérèglement. On peut en identifier plusieurs :

  • Un désherbage trop important qui affame les larves et les oriente vers les cultures : pour éviter ce dérèglement, veillez à préserver des bandes sauvages enherbées tous les 140 m. Ainsi vous préservez un habitat pour les carabes qui sont de bons auxiliaires et vous fournissez de la nourriture aux larves de taupins qui pourront consommer l’important réseau racinaire des graminées sauvages, plutôt que les racines de vos cultures. De plus les larves de certains carabes sont particulièrement friandes de taupins (jeunes adultes et larves).
  • Une insuffisance de prédateurs : les prédateurs des larves de coléoptères sont parfois aussi considérés comme des nuisibles par les agriculteurs et les chasseurs. Ainsi, certains enclos prévus pour protéger les jeunes plants des cervidés empêchent les sangliers d’accéder aux parcelles ce qui favorise la pullulation des larves de hannetons. Un inventaire détaillé de la macro et microfaune de votre terrain vous permettra d’identifier les éventuels acteurs manquants du réseau trophique et donc d’identifier les espèces à surveiller.
  • Une forte humidité au printemps et à l’automne (période où les larves remontent au niveau des zones racinaires) : une telle hausse peut occasionner un accroissement de populations indésirables. Si vous vous installez sur une ancienne prairie permanente ou sur une zone de cultures fourragères, soyez prudents au moment des semis de betteraves, tournesols, céréales et maïs et attendez un temps plus sec. Les pommes de terre sont surtout vulnérables au moment de la récolte (surveillez les variétés tardives). Des rondelles de pommes de terre déposées sur le sol permettent d’attirer les larves pour les détourner des cultures, mais peuvent aussi être utilisées comme indice : un comptage régulier des larves présents dans les rondelles peut permettre d’anticiper les ravages.

 

 

 

 

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PRUVOST G., Les Dossiers de Micro & Macro – Les larves de coléoptères du sol [en ligne], Chez le Père Magraine, 21/02/2018, 03/08/2018 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/micro-macro-larves-de-coleopteres-du-sol/

Il vous suffit de remplacer « XX/XX/XXXX » par la date à laquelle vous avez consulté cet article 🙂

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