Les Dossiers de Micro & Macro – Les termites

Ces insectes redoutés pour leur goût prononcé pour le bois fascinent parfois autant que les fourmis. Mais qui sont-ils ? Micro & Macro font le point !

1 – Micro-bio : Qui sont les termites ?

2 – Au Microscope : Morphologie et cycle de vie des termites

3 – Biocénose : Place des termites dans le réseau trophique

4 – Macrorama : Revoir notre vision des termites / Fonctions écologiques des termites

5 – Envie d’agir ? Cultiver avec les termites

6 – Bibliographie

7 – Pour citer ce document

 

 

MicrobioDMMP

Qui sont les termites ?

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Les termites sont des insectes (ils possèdent une tête, un thorax, un abdomen ainsi que 6 pattes) appartenant à l’ordre des blattoptères (qui comprend les blattes et les termites). Le mot termite vient du latin « tarmes » qui peut être traduit par “vers qui ronge le bois” en référence à leur régime alimentaire principalement xylophage (elles mangent du bois).

Les termites sont des insectes dits « eusociaux ». L’eusocialité est un mode d’organisation social suivant lequel un groupe d’individus est divisé en castes fertiles et non-fertiles. Chaque individu a un rôle précis dans la colonie et, bien souvent, sa morphologie s’adapte à ce rôle.

Il existe 2600 espèces de termites dans le monde, principalement présentes dans les régions tropicales et subtropicales. L’Europe ne compte qu’une dizaine d’espèces que l’on rencontre surtout dans les régions du pourtour méditerranéen (ex: Reticulitermes grassei). Les termites peuvent installer leur nid (appelé termitière) dans des arbres, des souches, sous ou sur le sol. Certaines constructions d’espèces africaines (du genre Macrotermes) peuvent atteindre jusqu’à 8 mètres de haut.

La taille moyenne d’un termite peut varier de 5 à 15 mm et leur couleur varie du blanchâtre au marron clair, sauf pour les individus sexués qui sont marron foncé à noir (et qui possèdent des ailes).

 

Histoire des termites

Les estimations des scientifiques situent l’apparition des blattes au Permien (-275 millions d’années) alors que les termites actuels se seraient quand à eux diversifiés il y a 150 millions d’années, parallèlement à un autre groupe d’insectes eusociaux : les fourmis.

 

 

AuMicroscopeDMMP

Morphologie des termites

 

Comme tous les animaux de la classe des insectes, le corps des termites est séparé en trois parties : la tête, le thorax et l’abdomen. Des variations sont cependant observées, en relation avec le rôle (ou caste) de l’individu : ouvrier, soldat, ou reproducteur.

La tête porte une paire d’antennes rectilignes (contrairement aux fourmis chez qui on observe un “coude”) recouvertes de soies tactiles. L’appareil buccal est de type broyeur, les castes soldates étant caractérisées par une grosse tête portant des mandibules sur-développées. Les individus reproducteurs sont les seuls à posséder une paire d’yeux composés et d’ocelles (organes sensibles à la lumière), les autres castes sont aveugles et communiquent essentiellement par voie chimique (grâce à des phéromones).

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Le thorax porte les 3 paires de pattes et, chez les reproducteurs uniquement, deux paires d’ailes membraneuses de taille identique. C’est ce détail qui a valu aux termites l’ancienne appellation d’isoptères (du grec isos, égal et pterón, aile). Par opposition, chez les fourmis, les deux paires d’ailes des individus sexués sont de tailles différentes. Le rétrécissement entre thorax et abdomen est beaucoup moins marqué que chez les fourmis et les autres hyménoptères (guêpes, abeilles).

L’abdomen porte les organes sexuels mâle ou femelle ainsi que l’anus. Contrairement aux fourmis, qui n’ont que des ouvrières et des soldates femelles, les termites peuvent avoir également des mâles dans ces castes, mais leur appareil reproducteur demeure non-fonctionnel.

 

Cycle de vie des termites : la nutrition

 

Les termites se nourrissent surtout de bois et de fragments de feuilles riches en cellulose, on dit qu’ils sont xylophages. Ils font partie des rares animaux capables de consommer la lignocellulose directement à partir de plantes vivantes ou mortes.

Aujourd’hui, on divise les différentes espèces de termites en sept familles principales :

  • celle des termitidés aussi appelés “termites supérieurs“, regroupe environ 75 % de l’ensemble des termites. Cette famille se distingue par sa capacité à digérer la lignocellulose grâce à ses propres enzymes digestives (cellulases) et à une symbiose bactérienne. On retrouve dans ce groupe des termites champignonnistes, qui cultivent au sein de la termitière un champignon (Termitomyces) capable de pré-digérer les restes végétaux pour les rendre plus facilement assimilables. On y trouve également des termites humivores qui ingèrent de grandes quantités de sol pour se nourrir des protéines contenues dans l’humus.
  • les six autres familles constituent les termites inférieurs et digèrent la lignocellulose grâce à une association symbiotique avec des protozoaires flagellés, en plus des bactéries de leur système digestif. Elles se nourrissent principalement de bois, mort ou vivant.

Une fois les aliments bruts digérés, ils sont échangés entre les termites sous forme d’aliments dits “élaborés”. Ce mode d’alimentation appelé trophallaxie consiste en un échange des contenus digestifs via la bouche ou l’anus (dans ce cas il ne s’agit pas d’excréments qui sont échangés mais bien d’aliments directement issus de la panse).

Ainsi, si les ouvriers peuvent être indépendants pour leur alimentation toute leur vie, les soldats aux mandibules sur-développées, dépendent entièrement de la trophallaxie pour se nourrir. L’alimentation des jeunes larves ainsi que des reproducteurs âgés dépend également de la trophallaxie.

 

Cycle de vie des termites : la reproduction & le développement

 

La reproduction des termites est sexuée.

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Au début de la saison des pluies (avril/mai), mâles et femelles ailés quittent la termitière pour s’accoupler en vol ou au sol. Les couples royaux ainsi formés se débarrassent de leurs ailes et partent à la recherche d’un lieu pour fonder une nouvelle colonie.

La première ponte, suivie d’une phase de repos, ne compte que quelques dizaines d’œufs.

La reine et le roi nourrissent leurs premières larves par régurgitation puis, rapidement, les premiers ouvriers prennent en charge les tâches de maintenance, laissant au couple royal l’unique fonction de reproduction. Contrairement aux fourmis, le roi termite reste au côté de la reine toute sa vie, afin de renouveler son stock de spermatozoïdes.

La sexualisation des larves est inhibée par des phéromones sécrétées par le couple royal sauf avant l’essaimage. Dans ce cas, des individus sexués ailés font leur apparition dans le but effectuer le prochain vol nuptial. Ce sont les individus de cette caste qui régulent l’apparition de soldats par l’émission d’une phéromone spéciale. Dans une termitière, 80 à 90% des larves deviennent des ouvriers.

Les termites sont dit hémimétaboles : il y a trois stades de développement (œuf, larve et adulte) sans stade immobile (nymphe) comme on peut le constater chez les holométaboles. La larve atteint le stade adulte par une succession de mues.

 

 

Place des termites dans le réseau trophique

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Revoir notre vision des termites

Au sein d’un même écosystème, l’être humain et les termites sont souvent concurrents. Si certaines espèces ne consomment que du bois mort, d’autres comme les termites champignonnistes peuvent s’attaquer aux végétaux vivants (canne à sucre, maïs, sorgho, manguiers, etc..).

Même les espèces naturellement présentes dans les forêts du sud de la France (où elles se nourrissent de bois mort et de débris végétaux sans menacer l’écosystème) peuvent devenir un problème dès que des habitations s’implantent à proximité. En effet, elles peuvent alors s’attaquer aux charpentes et aux plinthes mais aussi aux livres et autres archives.

Reticulitermes santonensis (le termite de Saintonge) qui s’est répandu dans les zones urbaines depuis une dizaine d’années, est également capable de s’attaquer aux arbres vivants, notamment les espèces d’alignement plantées en ville.

Pour protéger les acquéreurs d’un futur logement, la loi française no 99-471 du 8 juin 1999 impose la déclaration de la présence de termites dans un immeuble.

 

Fonctions écologiques des termites

 

Recyclage de la matière végétale

Les termites sont loin de n’être que des voisins nuisibles. En forêt tropicale humide, ils consomment jusqu’à 50 % de la matière végétale tombée au sol. Ils effectuent ainsi un travail comparable à celui des vers de terre en climat tempéré, à savoir : fragmentation de la litière et incorporation des matériaux organiques au sol, aération et drainage grâce aux nombreuses galeries, humification et amélioration de la fertilité. Le système digestif des termites est capable de convertir jusqu’à 95% de matériel cellulosique en sucres simples en 24 heures seulement et, de plus, certaines bactéries en symbiose avec les termites jouent un rôle significatif dans la fixation d’azote.

 

Un service agricole dans de nombreux pays africains

Dans des pays comme le Zaïre ou le Kenya le terreau de termitière est utilisé pour les cultures de ricin ou encore de tabac. Les associations plantes/termites sont effectuées sur la base des observations faites par les paysans. Les épandages de termitières, qui constituent une ressource renouvelable et peu coûteuse, sont préconisés dans de nombreux ouvrages notamment pour leur richesse en éléments carbone et calcium qui réduirait l’acidité des sols.

 

Une amélioration de la qualité du sol

Pour construire leur nid, les termites vont prélever d’importantes quantités d’argile dans tous les horizons du sol. La teneur élevée en argiles peut contribuer à augmenter la C.E.C (capacité d’échange cationique) ce qui contribue à un meilleur fonctionnement des processus d’assimilation végétaux et donc, à l’augmentation de la valeur agronomique des sols.

À la mort de la colonie, les stocks de matériaux organiques et de carbone sont alors rendus disponibles, rendant des parcelles très fertiles dans des zones ou la sécheresse limite l’action bactérienne et fongique.

 

 

Cultiver avec les termites

 

Adapter ses pratiques

Les scientifiques ne sont pas tous d’accord sur l’impact des opérations culturales comme le mulchage, le labour ou les épandages aux alentours des nids de termites. Un consensus existe sur le semis, qui est à proscrire à ces endroits, où le sol est toujours fortement compacté. Certains auteurs attribuent l’augmentation de la fertilité des sols aux alentours des termitières principalement à l’amélioration de la porosité dues aux galeries (les apports en carbone, calcium et divers éléments fins seraient secondaires).

 

Protéger son habitation

Sous nos latitudes (en France), les espèces de termites rencontrées sont principalement xylophages strictes et ne constituent pas de menace pour les cultures vivrières.

Pour se prémunir des dégâts dans les habitations, il faut choisir des bois de construction naturellement résistants (denses et durs). Certaines essences ont été testées et sélectionnées par le Centre Technique Forestier Tropical et le CIRAD Forêt (ex: Dicorynia guianensis, Ocotea rodiacei). On veillera également à supprimer les causes d’humidité et éliminer les morceaux de bois, cartons et tissus inutiles des sous sols et greniers, susceptibles d’attirer les termites.

 

 

 

 

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PRUVOST G., Les Dossiers de Micro & Macro – Les termites [en ligne], Chez le Père Magraine, 01/09/2018, 10/09/2018 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/micro-macro-les-termites/

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