Les Dossiers de Micro & Macro – La permaculture selon Bill Mollison

IMPORTANT : cet article ne représente pas l’opinion de son auteur ni de « Chez le Père Magraine »

Qui est Bill Mollison, concepteur de la permaculture et comment l’a-t-il définie ? Micro & Macro font le point !

1 – Micro-bio : Qui est Bill Mollison ?

2 – Au Microscope : Les 12 principes de conception de Bill Mollison

3 – Macrorama : Enjeux et vision

4 – Envie d’agir ?

5 – Bibliographie

6 – Pour citer ce document

 

 

MicrobioDMMP

Qui est Bill Mollison ?

Né en Tasmanie en 1928, Bill Mollison a vécu jusqu’à ses 28 ans dans un petit village, partageant son temps entre la chasse et la pêche, et vivant de petits boulots très variés après qu’il ait quitté l’école à l’adolescence. Au début des années 50, il remarque la disparition de pans entiers de son environnement (poissons, algues, forêts…) et travaille pendant près de 10 ans pour la section de recensement des animaux sauvages de l’Organisation du Commonwealth pour la Recherche Scientifique et Industrielle (CSIRO) et avec le Département de Pêche Intérieure de Tasmanie. C’est durant ces années qu’il développe sa critique du système politique, agricole et industriel.

Bill Mollison Objet1

En 1966, il reprend ses études et décroche son diplôme de Biogéographie (science interdisciplinaire unissant géographie physique, pédologie, écologie, bioclimatologie et biologie de l’évolution). Il commence à enseigner à l’Université de Tasmanie en 1968 et y crée le département de Psychologie Environnementale (ou Écopsychologie, étude des interrelations entre un individu et son environnement). À partir du rejet du système agricole conventionnel, qu’il considère comme responsable de l’appauvrissement des sols et de la disparition de la biodiversité qu’il a constaté sur sa terre natale, il développe peu à peu ses idées pour un système agricole qu’il veut « soutenable », notamment sur la base de ses observations des systèmes agricoles aborigènes.

En 1974, il rencontre David Holmgren, alors son étudiant, et ensemble, ils formalisent un système reposant principalement sur la culture d’arbres et de plantes pérennes, tout en élaborant un certain nombre de principes de conception qu’ils mettent en pratique sur leur site. De leur travail naissent les ouvrages Permaculture 1 et 2. Ces principes seront par la suite retravaillés par Bill Mollison et réédités dans Introduction à la permaculture. À la fin des études de David Holmgren, élève et professeur se séparent.

 

L’héritage de Bill Mollison

Sur les six ouvrages publiés par Bill Mollison, seuls trois ont été traduits en langue française : Permaculture 1 : une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles (première publication française en 1986), Permaculture 2 : aménagements pratiques à la campagne et à la ville (première publication française en 1986) et Introduction à la permaculture (première publication français en 2012).

Mais Bill Mollison n’a pas laissé que ses travaux écrits derrière lui. À la fin des années 1990, l’Institut de Permaculture australien ne peut répondre efficacement à la forte hausse des demandes de formations. Mollison demande alors à Geoff Lawton, un de ses anciens élèves, de créer et diriger un nouvel institut sur le site australien de Tagari Farm, tout en continuant à développer la communauté déjà existante. Lawton fondera également le Permaculture Research Institute, encore en activité aujourd’hui sur le site de Zaytuna Farm. Les Instituts de Permaculture se développent alors dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis. Bill Mollison et Scott Pittman fondent ainsi l’Institut de Permaculture à Santa Fe (USA). 

 

 

 

AuMicroscopeDMMP

Les 12 principes de conception de Bill Mollison

Une conception permaculturelle selon Bill Mollison se construit en deux étapes :

  • d’abord, grâce à ce qu’il nomme “des lois et des principes universels, valables quelque soit le climat ou la culture”. C’est ce qu’on raccourcit généralement en “principes de la permaculture”. Construits à partir de domaines d’étude et d’analyse divers et variés (écologie, lois d’économie, aménagement du territoire, sciences environnementales etc), ils viennent “encadrer” et “traverser” toute démarche de conceptualisation et sont inhérents à toutes les conceptions.
  • ensuite, les techniques et pratiques, variées et spécifiques à chaque site, climat et culture, qui permettent de mettre en pratique, d’adapter les lois et principes de conception selon les spécificités de son terrain et/ou de son projet.

Note : nous aborderons uniquement les principes, les techniques et pratiques étant relatives aux sites et donc dépendant  d’un travail personnel.

 

Les principes relatifs au site, à l’environnement et à la conceptualisation

 

Pour Bill Mollison, la principale activité d’un permaculteur est l’activité de conceptualisation : c’est ce qu’on appelle généralement le “design” et que Bill Mollison définit en ces termes : “mise en relation judicieuse d’éléments entre eux”.

 

Principe n° 1 – Emplacements relatifs : chaque élément est placé en relation aux autresBill Mollison Objet2

Ce qui compte dans un système permaculturel, c’est la relation entre les éléments qu’on souhaite intégrer à son site et pas seulement les éléments en soi. Pour le dire autrement : l’emplacement de tel ou tel élément constitutif sera déterminé par les relations qu’il entretient avec d’autres éléments du système, notamment la relation besoins/productions. On organisera donc les emplacements de façon à ce que les besoins d’un élément soient comblés par les productions d’un autre à proximité.

Le principal pré-requis pour être capable d’effectuer ces multiples mises en relation est une connaissance précise des éléments qui composent votre système. Pour l’atteindre, la permaculture propose de deux outils : l’observation et l’analyse fonctionnelle.

 

La mise en relation des informations obtenues permet de disposer les différents éléments constitutifs de son système de manière optimale et d’intégrer le caractère évolutif de la phase de conceptualisation. En effet, la place prévue d’un élément peut être revue plusieurs fois avant d’être définitive, en fonction de nouvelles données apportées par d’autres éléments. Et même lorsqu’elle a été théoriquement trouvée, un changement brutal sur le site peut nous amener à la changer à nouveau.

De manière générale, et pour que l’ensemble du système permaculturel fonctionne bien, il faut toujours garder en tête que :

  • les besoins d’un élément doivent autant que possible être comblés par un autre élément à proximité.
  • les produits et les comportements d’un élément doivent être utiles et utilisés par un autre élément.

 

Principe n° 2 – Chaque élément remplit plusieurs fonctionsBill Mollison Objet3

Chaque élément composant notre système se doit de remplir plusieurs fonctions. Le second principe ajoute ainsi au choix du bon emplacement le choix approprié des éléments, notamment celui des espèces et variétés de plantes utilisées, sur la base des fonctions qu’ils remplissent.

Pour les végétaux, Bill Mollison propose une méthode en trois étapes :

  • dresser la liste des caractéristiques et des tolérances de la plante que l’on souhaite implanter : son cycle de vie, sa forme, la hauteur qu’elle peut atteindre, etc.
  • dresser la liste des tolérances de la plante : ses tolérances climatiques, ses besoins en ensoleillement, son habitat et son sol de prédilection, le ph et la salinité tolérée, etc… En systémique, on parle de « limites » ou de « frontières ». Cela suppose une connaissance approfondie et préalable de la topographie de son environnement, mais aussi de la texture, du type de fonctionnement, du pH, de la salinité et de la biologie du sol de son site (vous trouverez des tutos pour tous ces éléments dans la rubrique Les Manuels pratique du Père Magraine !). Cette connaissance permet ainsi de relever les facteurs limitants : non-adaptation de la plante au climat ou au sol, caractère envahissant, toxicité, rareté, faible rendement, longue période de croissance, etc.
  • évaluer les usages possibles : plante comestible, usages médicinaux, quels animaux elle nourrit, si elle peut être utilisée comme fourrage ou non et pour quels animaux, son rôle dans l’amélioration et/ou la création du sol, protection, matériaux de construction, mellifère/nectarifère, ornementale, tinctoriale, etc.

Les “cartes d’identité exhaustives” ainsi conçues permettent de se créer un index des éléments (et notamment des plantes) que l’on a ou souhaite avoir sur son site. Cet index peut être utilisé pour faire des analyses fonctionnelles et ainsi, les choix les plus appropriés.

 

Principe n° 3 – Chaque fonction est assurée par plusieurs élémentsBill Mollison Objet4

Et si chaque élément remplit plusieurs fonctions, chaque fonction doit aussi être aussi assurée par plusieurs éléments. C’est le troisième principe et il concerne les “besoins vitaux” du système.

Bill Mollison en dénombre 4 : l’eau, la nourriture, l’énergie et la protection. Pour s’assurer résilience et autonomie en même temps qu’une capacité à réagir et répondre rapidement aux changements, ces besoins vitaux sont assurés par plusieurs éléments.

Par exemple, si l’on souhaite être autonome en eau, on pourra multiplier les manières de la récupérer et/ou de tirer partie de sa présence : barrages, citernes, noues à plantes hélophytes (semi-aquatiques) pour les zones inondables, etc, permettant de répondre au besoin en eau même en cas de défaut d’un élément.

 

Principe n° 4 – Efficacité énergétiqueBill Mollison Objet5

Puisqu’une conception permaculturelle vise résilience et autonomie, elle pose la question de l’efficacité énergétique. Elle vise en effet à être économe en énergie, notamment en minimisant l’énergie humaine à dépenser.

Selon Bill Mollison, cette efficacité énergétique s’obtient par la “qualité du placement” des différents éléments constitutifs du système (habitation, plantations, bâtiments, parcours, etc.) en fonction de trois facteurs : la fréquence d’usage et d’entretien des éléments, le contrôle des facteurs extérieurs et la circulation efficace de l’énergie.

 

Pour conclure ce quatrième principe, il faut simplement toujours se rappeler les trois règles de base de l’économie énergétique données par Bill Mollison :

  • placer chaque élément constitutif du système de manière à ce qu’il remplisse au moins deux fonctions (principe 2)
  • chaque fonction importante doit être réalisée d’au moins deux façons (principe 3)
  • les éléments constitutifs sont situés en fonction de leur fréquence d’usage (zone), du contrôle des facteurs extérieurs (secteurs) et d’une circulation efficace de l’énergie (relief et topographie).

 

Principe n°5 – Utiliser des ressources biologiques

Bill Mollison Objet6

Un système permaculturel utilise autant que possible les différentes ressources disponibles in situ : les ressources biologiques (végétales, animales, etc) pour participer à l’efficacité énergétique du site.

En cela, le développement des ressources naturelles d’un site est un aspect particulièrement stratégique d’une conceptualisation car, s’il est réfléchi et planifié, il permet l’instauration de systèmes et de fonctionnements autonomes, donc extrêmement pérennes (comme les mécanismes de la fertilité naturelle des sols).

Par exemple, si l’on a un site ou une partie de son site qui attire particulièrement les limaces, on peut créer des zones d’accueil pour ses prédateurs, comme des bandes enherbées pour attirer les carabes ou des tas de bois pour faire venir les hérissons. Une fois les prédateurs installés, les populations de limaces se régulariseront.

Bill Mollison Objet7

 

 

Principe n° 6 – Les cycles de l’énergieBill Mollison Objet8

Un système permaculturel vise à limiter les fuites des flux d’énergie et de nutriments. Au contraire, il cherche à les inclure au maximum dans des cycles développés in situ et ainsi, combler les dépendances des différentes populations.

Bill Mollison s’appuie ici sur les lois de la thermodynamique. La première loi stipule que l’énergie ne se crée pas ex nihilo (à partir de rien) et peut se conserver : toute énergie est toujours le fruit d’une transformation (principe de Lavoisier) ou d’un échange entre systèmes (principe de Carnot). La seconde loi énonce le fait que l’énergie se dégrade en permanence et qu’en ce sens, elle est toujours de moins en moins disponible pour le système.

Dès lors, comme on ne peut pas créer l’énergie à partir de rien, une conception permaculturelle :

  • utilise au maximum les énergies entrantes : soleil, pluie, vents, pertes de feuilles, fumier, microfaune des sols, etc. et les prends en compte au même titre que les énergies produites sur place.
  • s’assure du moins de pertes possibles en utilisant les énergies disponibles avant qu’elles ne se soient entièrement dégradées et qu’elles soient “perdues” (devenues inutilisables) pour le système. Un système permaculturel est une sorte de “filet intercepteur” qui capte ces énergies à chaque fois que c’est possible et sur l’entièreté de leur cycle, avant de les laisser quitter le site.

Par exemple, si votre site est en pente, il est plus pertinent de construire en amont divers systèmes de récupération et stockage de l’eau plutôt qu’un barrage. On peut ainsi bénéficier de la gravité pour utiliser l’eau tout au long de la pente, en reliant ces systèmes de récupération et de stockage à des étangs, à des espaces de stockage plus petits ou à des générateurs d’énergie (comme des moulins à eau), pour finir par laisser l’eau s’écouler en dehors du site, en bas.

C’est la multiplication des captations (récupération, recyclage, stockage) des énergies en amont, notamment des énergies entrantes, qui permettra de maximiser les gains, permettant d’avoir un système autonome !

 

Principe n° 7 – Des petits systèmes intensifsBill Mollison Objet9

Nous l’avons vu, un système permaculturel demande une maîtrise de tous les éléments qui le compose. En cela, il est aisé de comprendre pourquoi repasser à une taille humaine, c’est se donner la possibilité de maîtriser les éléments constitutifs de son système de culture, d’un bout à l’autre de la chaîne !

Pour Bill Mollison, un système permaculturel ne peut donc se faire de manière complète qu’à partir de petits systèmes intensifs, car ils permettent :

  • d’utiliser une grande partie du terrain, de manière efficace et au maximum de ses capacités.
  • d’être en mesure de gérer l’entièreté de son système de culture.

Il propose ainsi une organisation spatio-temporelle de ces petits espaces :

  • un étagement des cultures dans l’espace : s’inspirant de techniques de culture traditionnelle (comme le jardin-forêt, par exemple), Bill Mollison avance qu’en utilisant les différentes hauteurs des plantes (et profondeurs des racines), leurs manière de pousser (plantes grimpantes et couvre-sols, par exemple) et en les positionnant en tenant compte de leur besoins en ensoleillement et en eau, on peut parvenir à mettre son site en culture de la manière la plus intensive possible tout en respectant l’écosystème créé.
  • un chevauchement des cultures dans le temps : cette technique, utilisée par exemple par Masanobu Fukuoka, consiste à faire se chevaucher différentes cultures pour laisser le temps éliminer progressivement les annuelles et arriver à un jardin qui soit composé majoritairement de plantes pérennes.

Pour faire simple, un système permaculturel va prendre en compte les trois dimensions de l’espace, au-dessus et au dessous du niveau du sol, mais aussi la dimension du temps, y compris du temps long, dans le choix de nos implantations !

 

Principe n° 8 – Accélérer les successions pour accélérer l’évolutionSuccession écologique Objet9

Dans notre publication sur la succession écologique, nous avons vu que tous les écosystèmes évoluent et que chaque étape de la succession écologique crée les conditions nécessaire pour la suivante.

Dans l’agriculture conventionnelle, l’être humain doit fournir beaucoup d’effort pour maintenir la succession écologique hors de son stade climacique (stade final de tout écosystème, particulièrement stable) : produits chimiques, désherbage à la main, etc.

Bill Mollison propose de s’appuyer au contraire sur l’évolution naturelle des écosystèmes en les orientant vers un stade climacique d’espèces choisies. Pour y parvenir, il donne quatre stratégies possibles :

  • partir de ce qui pousse déjà : pour un climat continental, si votre site en est au stade “graminées” de sa succession écologique, il est possible, en les couvrant avec une couche de carton ou en les fauchant avant qu’elles ne montent en graines, d’installer une litière à même d’accueillir les espèces du stade suivant (les arbres résineux).
  • introduire des plantes bien adaptées : au type de sol, au stade de la succession écologique, etc. Il peut parfois être nécessaire de développer un stade intermédiaire entre le stade actuel et un stade visé, pour bien préparer la litière du stade suivant.
  • augmenter la quantité de matière organique disponible dans le sol, en plantant des végétaux à forte production de biomasse (Note : on sait aujourd’hui que ce n’est pas tant une question de quantité qu’une question de composition de la matière organique qui importe).
  • substituer d’autres espèces ou variétés à la végétation existante, qui viendront remplir les mêmes niches écologiques et fonctions, mais qui produisent plus de fruits ou de matières organiques que celles déjà présentes, par exemple.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en connaissant bien la succession écologique à l’œuvre sous nos latitudes, il nous sera possible d’accélérer le processus de certains stades, et ainsi de parvenir plus rapidement au stade climacique, seul stade durant lequel un écosystème peut créer un sol durable !

 

Principe n° 9 – La diversité Bill Mollison Objet10

Pour Bill Mollison, l’agriculture conventionnelle repose sur une uniformité rangée. Et si le rangement donne en effet une apparence soignée, il sépare aussi les éléments constitutifs du système les uns des autres (exit les mises en relations !). Un tel système demande énormément d’entretien et facilite la compétition néfaste entre les plantes. Les jardins à l’européenne, par exemple, sont extrêmement rangés, mais entraînent aussi de nombreux dysfonctionnements, sans compter la relative faiblesse de leurs rendements !

À ce système, Bill Mollison oppose la diversité ordonnée. L’ordre est pour lui “une bonne intégration et mise en relation des éléments entre eux”. Ce système demande beaucoup moins de travail pour être maintenu tout en réduisant un certain nombre de risques contre lesquels les agriculteurs luttent souvent :

  • les attaques d’insectes et la diffusion des maladies : si l’on cultive une grande variétés de plantes et que l’on sépare les éléments qui se nuiraient les uns les autres par une autre plante (ou une structure), les insectes et les maladies passent moins facilement d’une plante à une autre.
  • les compétitions inter-espèces pour les mêmes niches écologiques : facteur de résilience et stabilité, la diversité ordonnée est meilleure lorsqu’on favorise la coopération plutôt que la compétition. Autrement dit, plus l’on favorise les connexions fonctionnelles bénéfiques entres les éléments, plus l’on réduira les compétitions inter-espèces et favorisera la résilience et la stabilité de l’entièreté du système.
  • la capacité de résistance aux fluctuations du marché et aux aléas climatiques : diversité est aussi synonyme de productivité. En effet, si 1 ha de blé en monoculture produit plus de blé qu’1 ha en polyculture (basé sur la diversité), la somme des productions dans le second modèle est plus importante : d’un côté, 1 ha de blé tout au long de l’année; de l’autre, des productions multiples, allant des légumes à la production de bois, de graines, de biomasse etc. ! Un modèle agricole qui repose sur la diversité de ses cultures (sur une diversité de produits) est donc aussi économiquement plus résilient !

 

Principe n° 10 – L’effet de lisièreBill Mollison Objet11

Bill Mollison définit la lisière comme “une interface entre deux milieux”. Ces interfaces sont multiples et se retrouvent à toutes les échelles : ainsi, sont considérées comme lisières des zones aussi diverses que la surface entre l’eau et l’air ou la zone limitrophe entre la mer et le sable, mais aussi la ligne séparant une zone gélive d’une zone non-gélive ou encore la litière.

Dans un jardin, la lisière est une zone très riche et variée. Elle a donc une meilleure productivité (puisque les ressources de chaque système y sont disponibles) et une meilleure diversité, avec souvent la présence d’espèces introuvables ailleurs ! C’est pourquoi Bill Mollison compare l’action des lisières à “un filet ou un tamis”. Comme les ressources biologiques s’y accumulent, multiplier ces lisières participent de l’augmentation de la diversité (principe 9), de l’intensification du système (principe 7) et de sa résilience énergétique (principes 4 à 6).

Les lisières séparent le site en sections et sont par conséquent essentielles dans le choix des emplacements (principe 1) des éléments constitutifs. On peut ainsi intégrer des lisières sur les parties du site délimitées par une structure (clôture, grillage, maison, poulailler, etc.), une voie d’accès (sentier, chemin, etc.) ou une ligne de végétation (haies, etc.). Dans le cadre d’un jardin-forêt, on veillera par exemple à particulièrement travailler les zones de transition entre les différentes strates.

Lors de la mise en place de tels espaces, il faut cependant être vigilant à choisir le type de lisière adapté au climat, à la situation, à la dimension et à l’environnement de son site. Bill Mollison avance pour cela une règle simple : plus vous travaillez sur un petit espace, plus les lisières seront complexifiées. A l’inverse, plus le site est grand, plus ces lisières seront simplifiées (principalement pour une raison de charge de travail).

 

Principes relatifs aux personnes et aux attitudes

 

Principe n° 11 – Tout marche dans les deux sensBill Mollison Objet12

Chaque élément constitutif peut être considéré à la fois comme un avantage ou comme un inconvénient selon l’usage qui en est fait.

Face à un inconvénient, Bill Mollison propose de l’envisager comme une ressource positive que l’on aurait pas encore identifiée plutôt que comme un problème et de réfléchir à la manière dont il nous serait possible d’utiliser cet inconvénient pour l’avantage global du système.

 

Principe n°12 – La permaculture est un concentré d’informations et d’imaginationBill Mollison Objet13

“Les seules limites au nombre d’usages possibles d’une ressource au sein de notre site, ce sont les limites de l’information et de l’imagination du/de la permaculteur.trice.”

Le modèle de culture permaculturel n’est pas un modèle qui nécessite beaucoup d’énergie pour fonctionner ou de gros investissements pour démarrer. Au contraire, c’est un modèle qui a besoin d’informations et d’une méthodologie de qualité. Il s’appuie ainsi sur une connaissance multidisciplinaire (traditionnelle et scientifique) du ou des système(s) que l’on souhaite mettre en place. En ce sens, “l’apport d’informations” (de connaissances) est probablement le plus gros investissement que l’on puisse faire ! Et sa mise à jour régulière (avec les nouvelles études et observations disponibles) permet aux individus de gagner en polyvalence et flexibilité !

La méthode de conception vient ensuite concrétiser nos connaissances en un système résilient, permanent et productif !

 

 

Enjeux et vision

 

Bill Mollison part du constat suivant : l’agriculture aujourd’hui est un système de production et de distribution mondial, à haute consommation d’énergie et dépendant du pétrole, avec des coûts financiers, sociaux et environnementaux importants et parfois irréversibles. Ce système s’appuie sur des choix court-termistes (donc irréfléchis) qui mettent les agriculteurs dans une position de “survie économique” permanente. De plus, ces choix dégradent la fertilité de la terre et la qualité des produits. Son travail a donc consisté à proposer une alternative au modèle de la monoculture dans lequel l’être humain est un être dominant qui se place hors-système.

Pour parvenir à ce revirement, il a choisi de redéfinir le rapport de l’humain à son environnement. Clairement inspiré par le rapport à la nature développé par les Aborigènes de Tasmanie, Bill Mollison propose que les êtres humains soient considérés comme étant un élément constitutif parmi d’autres, qui n’est plus dans une position de domination mais de co-création.

 

La permaculture, une science ?

La permaculture n’est pas une science. Selon leurs définitions respectives, démarche éthique et démarche scientifique s’opposent : alors que la démarche éthique s’appuie sur des énoncés prescriptifs et/ou normatifs (ici les principes éthiques qui « imposent » une conception du monde), la démarche scientifique se base uniquement sur des énoncés descriptifs (pour construire une image factuelle du monde). Ainsi, la permaculture est une méthodologie qui puise notamment ses savoirs dans les sciences, mais qui n’est pas une science en soi.

Le risque, à prétendre que la permaculture est une science (malgré les différences entre démarche éthique et démarche scientifique), c’est que celle-ci finisse par être accusée d’être une « pseudoscience », à savoir une discipline qui se prétend science mais qui ne suit pas la démarche scientifique.

 

 

 

 

 

Vous pouvez librement faire référence à ce contenu dans vos articles, nous vous demandons simplement de citer l’article et son auteure de la façon qui suit :

JEAN S., Les Dossiers de Micro & Macro – La permaculture selon Bill Mollison [en ligne], Chez le Père Magraine, 14/02/2018, 05/06/2018 [consulté le XX/XX/XXXX], disponible sur : https://chezleperemagraine.com/blog/micro-macro-permaculture-bill-mollison/

Il vous suffit de remplacer « XX/XX/XXXX » par la date à laquelle vous avez consulté cet article 🙂

Toute reproduction du contenu de cet article, même partielle, est strictement interdite sans l’accord de l’auteure.

Pour partager ce contenu :

One Reply to “Les Dossiers de Micro & Macro – La permaculture selon Bill Mollison”

  1. Très bon travail qui m’a permis de comprendre davantage ce que c’est la permaculture. Cela donne envie de réfléchir à comment transformer notre jardin de façon pérenne… Quel beau projet !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.